— The Compass Rose, 2026
Installation de Jean-Marc Chomaz et Quentin Benelfoul avec le concours de Pierre Bourdon.
Entre sens et non-sens, le souffle d’une rencontre anime un paysage olfactif. Un anémomètre météorologique à ultrason est détourné pour être le centre d’une discussion. L’intensité, la direction et l’inclinaison du souffle qui anime cette conversation sont analysés et retranscrits dans un ensemble de six dispositifs générant une colonne d’air. Placés au sol, ces dispositifs dessinent une rose des vents — est, sud, ouest et nord — que traverse nadir et zénith.
Chaque forme d’air porte une trace olfactive invisible inspirée du livre The Compass Rose d’Ursula Le Guin : nadir – aiguilles et bourgeons d’acacia ; nord – lichens, mousses et humus ; est – roses fanées ; zénith – câble gainé de caoutchouc ; ouest – algues ; sud – encre de Chine sur papiers buvard. Dans ce Temps – Espace, les odeurs dessinent un chemin mouvant que le visiteur peut suivre pour tenter de se joindre à distance à la conversation enregistrée par l’anémomètre.

— Coccolithus, 2023
Installation de Jean-Marc Chomaz et Julie Everaert en collaboration avec Sami Laroui et Laurence Bodelot (Laboratoire de Mécanique des Solides, École polytechnique).
Les coccolithes (du grec κοκκος « pépin » et λίθος « pierre ») sont les plaques de carbonate de calcium de un à une dizaine de micromètres de diamètre en forme de pépin qui protègent les coccolithophoridés (diverses espèces de microalgues du phytoplancton pélagique). L’installation Coccolithus présente des impressions de coccolithes synthétiques réalisées à l’échelle du nanomètre sous microscope binoculaire : des nano-impressions 3D et des images au microscope électronique à balayage.
Avec l’acidification des océans, les nano-phytoplanctons coccolithophoridés ont de plus en plus de mal à synthétiser le calcaire de leur exosquelette et nous approchons du seuil où cela sera impossible. Le projet consiste à créer des exosquelettes synthétiques par nano-impression 3D, puis à tenter de fonctionnaliser des sites sur ces coccolithes synthétiques pour que la nano-algue puisse les utiliser comme carapace synthétique et se protéger. Mais pourrons-nous en produire suffisamment pour aider ce plancton à affronter les âges à venir ?

— La vérité n’a pas raison, 2026
Installation de Percept-Lab — Laurent Karst, architecte-designer, Filippo Fabbri, chercheur-compositeur — assisté de Vincent Boudon, physicien, directeur de recherche au CNRS.
Dans son ouvrage Le Mouvement, Étienne-Jules Marey (1830-1904) réalise de nombreuses expériences ayant trait au mouvement et à la perception, à ses modalités de captation et de représentation. Il y décrit les phénomènes de perception liés au mouvement d’une lame de métal incurvée, en révolution sur un axe vertical tournant. La façon dont ce profil incurvé est traité, soit en noir, soit avec une surface blanche conditionne la perception de l’objet tournant. L’observation de cette lame en rotation fait apparaître une sphère creuse lorsque la lame de métal est blanche et réfléchit la lumière, et une sphère pleine lorsqu’au contraire cette lame est noircie et ne renvoie que très peu de lumière.
Percept-Lab reprend cette expérience avec trois formes primaires en utilisant un moteur, programmé sur des vitesses variables sur le demi-tour, permettant de jouer sur la persistance rétinienne de manière à créer dans la continuité du mouvement ce trouble de perception. La vérité n’a pas raison est une installation cinétique constituée de trois sculptures en mouvement : une sphère, un cylindre et un cône. Le dispositif est constitué de trois tiges surmontées de ces formes en rotation aux proportions anthropomorphiques.
Face à l’installation, le visiteur est dans l’incapacité de définir chaque forme comme étant pleine ou creuse. Leur perception change à chaque instant et de manière aléatoire, sans qu’une affirmation objective puisse naître : la sphère est-elle creuse ? Le cône est-il plein ? Le cylindre apparait-il comme évidé ? Des claquements d’air rythment ce ballet de formes intangibles et se fondent à une composition sonore spatialisée, offrant un contrepoint à ces harmonies géométriques vacillantes. Le son est conçu comme une matière en transformation continue, à l’image des objets en rotation dont la perception oscille entre plein et creux.
L’œuvre fait appel aux sciences cognitives, à la cinétique, à l’informatique, à l’ingénierie et à la composition sonore. Elle questionne la vérité mathématique de l’harmonie Pythagoricienne, la vérité physique de la mesure, ainsi que la vérité esthétique ressentie et perçue.
En écho au dernier ouvrage de Clément Viktorovitch qui traite de la parole officielle s’affranchissant du réel (Logocratie, 2025, Seuil, Paris), La vérité n’a pas raison illustre de manière métaphorique et philosophique les changements sociétaux actuels en questionnant pleinement la rhétorique de politiques où la vérité n’a plus cours, où une chose et son contraire semblent cohabiter sans plus aucun discernement.

PERCEPT-LAB, La vérité n’a pas raison, 2026 © Percept-Lab