Débat et colloque

Une Intelligence Artificielle, secrétaire des RN ?
Possible ou souhaitable ?
Samedi 27 octobre 2018 (15h-17h)

 

Initialiser l’abstractionavec le Rasta Project ?

Une équipe de chercheurs du Lamsade – Laboratoire d’analyse et modélisation de systèmes pour l’aide à la décision, Université Paris-Dauphine/CNRS) – composée des chercheurs-enseignants, maîtres de conférences, Florian Yger et Benjamin Negrevergne de l’Université Paris-Dauphine, et Adrian Lecoutre, étudiant à l’INSA de Rouen, travaillent à mettre au point une Intelligence Artificielle : le Rasta Project, pour Recognizing Artistic STyle Automatically, capable de reconnaître le style d’une peinture à partir de 25 styles prédéterminés : Abstract Art, Abstract Expressionism, Art Informel, Art Nouveau (Modern), Baroque, Color Field Painting, Cubism, Early Renaissance, Expressionism, High Renaissance, Impressionism, Magic Realism, Mannerism (Late Renaissance), Minimalism, Naïve Art (Primitivism), Neoclassicism, Northern Renaissance, Pop Art, Post-Impressionism, Realism, Rococo, Romanticism, Surrealism, Symbolism et Ukiyo-e suivant la nomenclature proposée par le site WikiArt (ou Wikipeinture), plateforme collaborative dédiée à la peinture.
Le Rasta Project donne une probabilité de reconnaissance des styles esthétiques des peintures à partir de ceux intégrés dans le logiciel par techniques d’apprentissage automatique sans avoir recours ni aux métadonnées, ni au différentiel colorimétrique. La méthode de “reconnaissance des formes” repose sur le “deep-learning”, c’est-à-dire l’apprentissage profond de la machine via la technique dite “des réseaux de neurones”. La méthode n’est pas nouvelle, elle a été inventée dans les années 1950. Elle revient en force depuis les années 2000 et acquiert une célébrité médiatique avec la victoire d’Alpha-Go, programme de jeu de Go en 2015 et par la puissance démultipliée de calcul des machines. Le Rasta Project fonctionne par couches successives, les premières étant dévolues à la reconnaissance visuelle. Chaque couche répond à une suite de protocoles différents. Le réseau de neurones – nom métaphorique de la succession de couches – doit ainsi apprendre “par lui-même” pour classer de nouvelles images correctement, images qui lui seraient présentées et qui ne sont pas textuellement dans la data initiale.
Pour l’instant, l’Intelligence Artificielle bloque à un certain palier. En effet, plus la reconnaissance est spécifique plus l’IA est performante, mais ayant atteint un apex ses performances décroissent ou confusent. Ainsi si le Rasta Project reconnaît un Kandinsky (Fugue 1914) comme art abstrait à 100 %, ou un Mondrian figuratif (Arbre Rouge 1908-09) comme post-impressionniste, il ne reconnaît pas une Naissance de Vénus (1984) d’Andy Warhol inspirée par la Vénus de Botticelli comme “Pop Art” mais comme “Surréalisme à 94%, Informel à 2% et Naïf à 2 %”... affichant sa généalogie stylistique ascendante, la machine reconnaît l’inspiration de Warhol !
Mais pour une crucifixion d’Andrea del Castagno (v.1419-1457) qui est reconnue comme du “Symbolisme” à 26% et de la “Renaissance Primitive” à 26 % la machine propose sa généalogie descendante (son influence sur) avec comme bonne réponse “Romantisme” à 32%. Bien évidemment cet écueil provient en partie de la construction préalable et des choix discutables de WikiArt, dont nous devons admettre les présupposés succincts, puisque cette data-base sert de support aux chercheurs du Lamsade. Ainsi la machine trouve la bonne réponse à 50% en moyenne, reconnaît systématiquement les gravures japonaises au style caractéristique Ukiyo-e, mais se perd dans les catégories abstraites subtiles, entre minimalisme, Color Field Painting, Abstract art, Expressionnisme abstrait... Le problème semble donc plutôt venir de la catégorisation des items initiaux de la base utilisée indépendante du Rasta Project.

 

Un outil d’arbitrage ?


On peut s’interroger de l’intérêt relatif de cet outil en l’état et de sa classification de démonstration et de recherche, au-delà de la prouesse technique de programmation en Intelligence Artificielle. Il nous semble que, développée, cette technique (en en changeant la nomenclature de références) pourrait bien devenir un vrai “Shazam” (logiciel de reconnaissance musicale) des arts visuels, permettant de retrouver des œuvres analogues, au style similaire. On imagine l’utilité qu’un tel outil pourrait apporter pour les bases d’objets volés qui, malgré les maquillages et les changements d’attribution, se retrouveraient reconnus puisque la reconnaissance se fait sans métadonnée, à la différence des Smartify, Magnus ou Google Image qui eux utilisent de plus le différentiel de colorimétrie. On pense également à l’utilité qu’un tel outil pourrait avoir pour les bases de données d’artistes, permettant la reconnaissance des styles des artistes et pouvant devenir un outil remarquable pour la recherche des droits d’auteurs plastiques sur Internet, bien que l’utilisation d’une nomenclature de datas visuelles sous droits (de moins de 75 ans) pose un problème déontologique : les œuvres sont intégrées au logiciel en datas.
On imagine que ce type d’outils logiciels pourrait servir au classement des bases de données de peinture non classées, comme celles des Réalités Nouvelles, ouvrant même à de nouvelles définitions des pratiques de l’abstraction. La question de la reconnaissance des images étant proche de celle de la génération automatique des images on peut également penser que cet outil, à terme, générera lui-même ses propres œuvres... et citations !
Mais on pourrait également envisager de créer un secrétariat virtuel des Réalités Nouvelles, automatisant ou aidant les choix du jury à accepter ou à refuser telle pratique ou telle œuvre, rejetant les œuvres figuratives en particulier, mais également les sempiternelles n-ièmes citations, redites et rabâchage de style daté. Il faudrait alors que le comité des Réalités Nouvelles définisse ce qui est arbitré par une catégorisation nominale des items, mettant à jour de nouveaux critères esthétiques de l’abstraction.
Ainsi l’Intelligence Artificielle du Rasta Project nous invite à nous remettre en question, à repenser nos propres modes de fonctionnement et de pratique en une réflexion ouverte et libre.

Erik Levesque
Etretat, août 2018

 

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« 100 ans après Malevitch,
qu'est-ce montrer l'Abstraction ? »

 

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"Collecter, Déposer, Donner : les Archives des Réalités Nouvelles."
Débat ouvert
Le samedi 10 avril 2010 de 15 à 17h

Le comité des Réalités Nouvelles a lancé un appel à la collecte des archives des artistes ayant participé aux Réalités Nouvelles en vue d’une donation ou d’un prêt à une grande institution. L’objectif est de mettre en valeur ce patrimoine par sa numérisation et donc d’offrir une diffusion globale aux artistes et à l’association Réalités Nouvelles.

L’association possède deux grands fonds d’archives qui couvrent plus d’un demi-siècle. D’une part, celui de la première époque du Salon. Soigneusement classé et archivé par Domitille d’Orgeval, ce matériel est porté à bout de bras par notre archiviste mais elle ne peut à elle seule en assumer la mise en valeur, la conservation et la diffusion auprès des institutions et des chercheurs, à travers les prêts pour des expositions et la numérisation. Cependant elle a pu prêter en 2008 au Musée Matisse du Cateau-Cambrésis et au Museum Voor Moderne Kunst de Ostende les dessins de Georges Vantongerloo pour l’installation de ses peintures, ce qu’elle n’a pu réitérer en Espagne faute de temps et de moyens.

D’autre part les archives du Secrétariat de Maria Manton, Louis Nallard, Jacques Busse, Guy Lanoë, Marie-France Bouchaud et Joël Trolliet. On y trouve non seulement le compte-rendu et les noms des participants depuis 1973 mais aussi ceux des refusés ; formidable fonds d’une grande richesse qui permettra une fois déposé, d’être travaillé par les historiens de l’art, critiques, conservateurs de musées et de montrer l’identité du Salon au-delà des légendes dans ses choix, ses affirmations et ses contradictions. Et ainsi de mieux faire connaître cette seconde période, qui fut portée par des groupes, des individus dont l’histoire reste souvent à écrire.

Il existe enfin d’autres fonds qui ont été identifiés, il semble qu’il y ait également des fonds disséminés dans les archives d’artistes ayant participé au Salon, dans les musées comme au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, ou dans des galeries privées… Il nous faut alors les repérer, les indexer, pour savoir les communiquer si besoin.

Fondé dans la croyance utopique d’un progrès esthétique associé à un refus fondamental d’un art assujetti à la représentation politique, le Salon Réalités Nouvelles fonctionne depuis sa création par cooptation démocratique. Mais il a naturellement accompagné, réagi et suivi les transformations multiples de la société pendant 70 ans, depuis sa naissance sur les ruines de l’Europe après les désastres de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui : un temps où l’esthétique dominante est technologique et allographique.

Les artistes qui y ont participé sont pour certains des figures de l’Art Moderne et Contemporain : Herbin, Delaunay, Soulages, Rotella, Nemours, Motherwell, Tinguely, Nallard, Leroy… d’autres sont plus anonymes ou moins charismatiques. Il n’empêche, chacun d’entre eux, petit ou grand porte une égale part de l’histoire du Salon, de sa société et montre la sensibilité d’une époque, ce dont manifestent les catalogues qui en constituent un témoignage unique d’esthésie. Le Salon a été traversé de débats qui vont de la critique iconoclaste de la modernité en passant par la doxa de la mort de la peinture, de la fin des avant-gardes au triomphe du kitsch. Chacun a réagi à sa façon apportant son œuvre à l’édifice. Ensemble, les archives donnent une idée non seulement de l’évolution de l’esthétique mais aussi de l’évolution sociologique de cette aventure qui continue aujourd’hui.

Mais ne soyons pas naïfs, les archives une fois avalisées par une institution universitaire ou muséale permettent aussi le classement, l’ordonnancement référencé des œuvres et des artistes nécessaire à l’évaluation marchande.

Lors de deux visites, Olivier Di Pizio, Président du Salon, Guy Lanoë, Président Honoraire, Domitille d’Orgeval, archiviste et moi-même, sommes allés en délégation pour répondre à l’invitation qui nous a été faite par les institutions suivantes :

A l’IMEC où le directeur des collections, responsable des fonds artistiques, Monsieur Yves Chevrefils-Desbiolles nous a proposé d’héberger une partie des archives dans l’Abbaye d’Ardennes à Caen. Cela permettrait la conservation dans des conditions optimales d’une partie des archives et leur mise à disposition pour les chercheurs mais pas leur numérisation ou partiellement. Nos archives rejoindraient le fonds Max-Pol Fouchet qui fut président des Réalités Nouvelles en 1971. Deux procédures sont envisagées l’une étant le don à l’institution des archives, l’autre le simple dépôt. Les fonds restant propriété de l’Association.

Contacté par la Bibliothèque Kandinsky du Musée d’Art Moderne Beaubourg/Pompidou, nous avons été reçu par son conservateur Monsieur Didier Schulmann accompagné de plusieurs bibliothécaires. Il nous a été proposé le dépôt de nos archives, leur conservation et l’étude dans des conditions muséales, la mise à la disposition des chercheurs et leur mise en valeur afin d’en permettre la diffusion numérique, sans en diviser le fonds, ni opérer de sélection. Le dépôt rejoindrait (entre autres) le fonds Sonia Delaunay où se lit son combat pour faire naître le salon au lendemain de la guerre.

Pour ces deux cas, quelle que soit la modalité choisie, il reste à établir non seulement l’acte juridique encadré entre les Réalités Nouvelles et l’institution élue, pour que l’association reste propriétaire de ses archives, mais également à établir le type de lien entre les archives privées d’un artiste, l’association et l’institution. Si, par exemple, l’artiste donne ses archives aux Réalités Nouvelles, quel en est le cadre juridique ? Ou plus simplement souhaite-t-il indexer ses archives auprès des Réalités Nouvelles ? Ou bien donne-t-il ses archives directement à l’institution qui l’annexe au fonds Réalités Nouvelles déjà constitué ?

Il reste, bien sur la voie de la dispersion des archives appartenant à l’association par la vente en salle publique. Ce choix nous semble impossible parce qu’il transformerait un fonds d’archives où se lisent les liens entre artistes, dans des débats passionnés pour faire aboutir un projet commun autour de l’abstraction en de simples autographes dépourvus de tout sens commun, trahissant par là-même les artistes ayant participé à cette aventure.

Alors, voilà il nous faut choisir. Depuis trois ans, nous avons tenté d’évaluer lors de nos débats notre singularité esthétique, sociale dans l’environnement des images numériques et allographiques. Montrant la diversité des approches esthétiques et philosophiques au sein du Salon, qui donne à chaque artiste l’occasion d’affirmer son langage particulier, son code singulier entre géométrie et expressionnisme pour reprendre la définition deleuzienne de l’abstraction.

Déposer nos archives serait l’acte par lequel les Réalités Nouvelles font leur mue pour se réinventer et continuer l’aventure de l’abstraction …

Erik Levesque – Février 2010

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L'ABSTRACTION FACE A L'ESTHETIQUE "HOLLYWOODIENNE"
QUELS CHEMINS POUR L'ART ABSTRAIT DEMAIN ?
le Samedi 18 Avril 2009 de 15 à 17 heures
Salon des Réalités Nouvelles - Parc Floral de Paris


Le Salon des Réalités Nouvelles 2009 organise un colloque le samedi 18 Avril de 14h30 à 18 h, autour de la confrontation entre l'Abstraction et l'esthétique de l'image-cinéma "Hollywoodienne" intitulée : "L'Abstraction face a l'esthétique Hollywoodienne, quels chemins pour l'Art Abstrait demain ?"

Nous sommes confrontés à un type d'art ludique qui suit les règles de l'image/cinéma, marketée et établie suivant une moyenne mentale du public et qui sacrifie le progrès intellectuel au profit du renouvellement technique, et dont on a pu avoir récemment deux exemples parmi d'autres : l'exposition Jeff Koons à Versailles et la vente Damien Hirst à Londres avec ses tableaux abstraits "Spin Art", vendus juste avant la crise financière...

Le but de ce colloque est de dynamiser le débat interne en amenant les artistes et le public par les réflexions proposées des différents intervenants à s'interroger, à rechercher de nouvelles voies, à mettre en avant de nouvelles propositions toujours plus personnelles.

Ainsi l'année dernière avons-nous organisé un débat pour mieux cerner les singularités de ce Salon en ce début de XXIème siècle.

Avec cette année comme invités :

Antoine de Baecque : Historien de la Culture, Professeur à l'Université de Versailles.
"De Staël à Godard, l'impact de l'Abstraction dans le Cinéma des années 60... (Tati, Lewis...)"

Bernard Fauchille : Directeur et Conservateur du Musée du Château de Montbéliard.
"L'Abstraction française et les Réalités Nouvelles, la donation Jeanne Coppel, Abc... la belle époque de la fête foraine : organisation d'expositions et politique d'acquisitions..."

Michèle Pichon : Philosophe, agrégée et docteur en Philosophie.
"Avec Bachelard : rêver et peindre les éléments"

Céline Berchiche : Chercheur à l'ERCO, Centre André Chastel Paris IV Sorbonne.
"L'influence d'Herbin après 1945"

Daniel Danétis : Plasticien, professeur des universités, directeur du département Arts Plastiques de l'Université Paris 8. Vincennes-St Denis.
"La nécessité du langage non-verbal face à la toute puissance de la machine"

Erik Levesque (modérateur) : Peintre membre du Comité du Salon des Réalités Nouvelles.
"L'Abstraction, une alternative à l'esthétique hégémonique de l'Image/Cinéma ?"

À l'issue des communications des différents invités, les artistes et le public des Réalités Nouvelles seront invité à débattre.

Le Salon des Réalités Nouvelles est le lieu d'exposition de l'Art Abstrait par excellence, centré sur la peinture et la sculpture. Quatre cents artistes d'horizons variés et internationaux viennent ici présenter leur travail, se confronter, échanger des idées, débattre de propositions avec esprit de sérieux et exigence. Fondé en 1947, ce laboratoire où s'inventent de nouvelles formes abstraites renaît chaque année au printemps pendant 10 jours.

Il est aujourd'hui pérennisé par un site http://www.realitesnouvelles.org qui présente les œuvres tout au long de l'année et conforte ainsi les Réalités Nouvelles en réseau et en une communauté dont l'activité se déroule de manière volontairement mesurée, mais où amateurs et professionnels de passage sont toujours les bienvenus. Le nom du salon fait référence à ce que les œuvres ne se référent à aucune réalité existante et reflètent, suivant le fameux mot de Guillaume Apollinaire, une réalité nouvelle.

Téléchargez les archives au format PDF :

Archive 2008.pdf
Lettre de John Hoyland aux Artistes des RN
Letter from John Hoyland to the artists of RN

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L'Abstraction aujourd'hui, singularités des Réalités Nouvelles
19 avril 2008

Le samedi 19 avril 2008 s'est tenu au Salon des Réalités Nouvelles de 17 à 19 heures au Parc Floral de Paris un débat ayant pour thème : L'Abstraction Aujourd'hui, Singularités des Réalités Nouvelles. Etaient réunis autour de la table Bernard Fauchille, Conservateur du Musée de Montbéliard, Claude Mollard Photographe, Président de la Société des Artistes Décorateurs (SAD) et Conseiller-maître à la Cour des Comptes. Olivier Di Pizio, artiste et Président du Comité des Réalités Nouvelles, Henri Prosi peintre et Vice-président du Comité des Réalités Nouvelles, Pierre Souchaud directeur de la revue Artension. Arnaud Dubois étudiant à l'ENSBA de Paris en 5e année, Thomas Lardeur sculpteur et membre du Comité des Réalités Nouvelles et Erik Levesque peintre et membre du Comité des Réalités Nouvelles.

Dans une introduction mettant en perspective l'histoire et l'évolution du Salon de l'Abstraction, Erik Levesque rappelle que les Réalités Nouvelles sont fondées sur la dualité de l'Art Concret et de l'Art Abstrait. Le Salon compris comme "société exposante" se trouve confronté aux évolutions techniques et aux découvertes scientifiques de ces 70 dernières années qui changent le sens et la perception que l'on se fait de la réalité telle qu'elle était exprimée dans le manifeste de 1948. Bernard Fauchille réagissant à la question de l'articulation entre savoir de l'artiste et savoir de l'ingénieur réaffirmait l'importance du geste artistique face au savoir mathématique qui ne concerne pas l'artiste ou qui le concerne de manière indirecte. Le geste est compris alors dans son accomplissement, son exécution, son faire. Le peintre Henri Prosi insistait lui sur son bonheur de voir le Salon comme lieu de rencontres où chaque artiste apporte son œuvre pour voir comment elle est reçue mais aussi où se font des œuvres à plusieurs mains. Il attestait de l'importance de la rencontre, du partage, et ainsi de faire de la géométrie un art du dialogue. Pierre Souchaud affirmait que la fonction du Salon comme lieu d'exposition échappe à la marchandisation de la culture ou à sa politisation culturelle. Il est alors un lieu de résistance à la globalisation et devient ainsi lieu de reconnaissance. Mais il en vient à remettre en cause le terme même de « Réalité » qui lui semble problématique. Claude Mollard reconnaissait la fonction essentielle dans la société du Salon, lieu de débat, de prise de paroles, de contre-pouvoir, qui se situe hors-commerce comme une force de proposition. Mais il insiste sur le fait qu'il est impossible d'échapper à son temps et aux implications techniques. Et s'il propose un renouvellement du Salon c'est dans la confrontation avec des thèmes politiques, sociaux ou écologiques dont témoigne l'œuvre d'un des jeunes artistes des Beaux-Arts invités en 2008 Julien Des Montiers dont la peinture traitait du thème du réchauffement climatique.

Pour sa part Arnaud Dubois exprimait outre son plaisir d'avoir été sélectionné la découverte du Salon et son bonheur d'y exposer. Il lui semblait important que le salon réaffirme ses fondamentaux pour mieux se confronter à la réalité actuelle et changeante du monde sans perdre son identité. Mais il substituait à l'équivalence abstrait/non-figuration, ou à l'opposition lyrique/géométrique la contradiction des universaux nominalisme contre réalisme.

Olivier Di Pizio, s'il réfute toute idée de l'artiste "témoin de son temps", expliquait le choix et la sélection des étudiants des Beaux-Arts et de leurs travaux en dégageant le dépassement des catégories classiques abstraction/figuration dont témoigne l'évolution du Salon pour envisager l'abstraction comme "vraie image" ou du moins comme relevant du rôle de l'îcone et de l'empreinte.

Il expliquait que le Salon fonctionnait sans curateur ni commissaire d'exposition, mais dans une cooptation des artistes, puis des œuvres qui se trouvaient présentées et accrochées par affinités, mise en valeur mutuelle, mais aussi par opposition ou antagonisme. Il reconnaissait les contradictions internes dans le Salon qui en font un laboratoire permanent toujours en tension. Il rappellait aussi que les artistes reconnus prétaient volontiers des pièces ainsi en 2007 : Soulages, Kirkeby, Traquandi, Albert Irvin, John Hoyland ou encore l'année précédente Aurelie Nemours, Jean-Pierre Rives… Mais Olivier Di Pizio soulignait aussi la dégradation de la situation économique du Salon face à une baisse constante des subventions qui met l'écosystème que représente le Salon en péril. Il fallait donc, ici et maintenant, réaffirmer les fondamentaux du Salon pour en délimiter le périmètre du socle commun qui permet le dialogue et la confrontation avec les esthétiques extérieures laissant naître la 3e génération du Salon et mettant le Salon en mouvement. Le sculpteur Thomas Lardeur témoignait du rôle social du Salon et par là celui des artistes y participant. Il affirmait la dignité, le sérieux et l'exigence de chacun en matière artistique dans un monde de l'Art trivial.

En fin de débat était lue la lettre de John Hoyland aux Réalités Nouvelles où celui-ci déclare l'importance de "l'Art pour l'Art" comme unique alternative à l'assujettissement de l'Art en tant qu'Art appliqué socialement tant par la publicité que pour le tourisme culturel.

Olivier Di Pizio, après avoir remercié les différents sponsors du Salon, informait le public de l'organisation d'un colloque l'année prochaine dont le titre provisoire était "L'Abstraction face à l'esthétique plastique « Hollywoodienne »", portant donc sur l'opposition mais aussi les implications pour l'Abstraction de sa confrontation à des œuvres dont les auteurs préjugent l'âge médian de leur public et privilégient le progrès technique au progrès intellectuel.

L'ensemble des intervenants et le public soulignaient la qualité des œuvres exposées, de l'accrochage et du débat.

En résumé, le débat permettait de dégager les constantes du Salon : abstraction, geste, concret, dignité, exigence, peinture, sculpture ; ses variables, pour les années 50 le terme non-positif, lyrisme, par exemple, ou aujourd'hui le nominalisme, le jeu avec des figurations, la photographie... et de découvrir des hypothèses d'ajustement par la confrontation aux nouvelles technologies, aux nouvelles géométries, nouvelles réalités contre réalités nouvelles...

Erik Levesque - Mai 2008

Denise LIOTÉChristine BOIRYNathalie LEBEAURity JANSEN HEIJTMAJERRobert DELAFOSSEJean WIDMERDanielle LESCOTNadine TARBOURIECHPam AITKENTatjana  LABOSSIERESylvie JORAJURIAMitsouko MORIBenoit ROUERRoss GASHBarbara BOKOTA-TOMALA