Économie Solidaire

 

Le Salon Réalités Nouvelles depuis son origine porte en lui des propositions qui concernent l’art, sa production, sa diffusion et sa transmission. Chacune de ces problématiques est prise à bras le corps par les artistes bénévoles qui composent son comité.
La nécessité de l’existence d’un salon dans cette forme si particulière, les questions que sous-tend le choix de l’intitulé générique « Abstractions » ont fait l’objet à la fois de textes, d’éditos au catalogue annuel, de colloques ou de débats ainsi que d’articles de presse. Les difficultés inhérentes au statut fiscal ou social de l’artiste ont été également l’occasion de débats et d’engagements notamment auprès du ministère de la Culture, de la Maison des Artistes et de l’ADAGP. Le ministère de la Culture, par l’importante subvention allouée, permet au salon son existence au même niveau que la contribution financière que cotise chaque artiste exposant.
Les artistes travaillant au fonctionnement de l’association Réalités Nouvelles sont mus par une double dynamique : celle de transmettre un patrimoine important de l’histoire de l’art du XXe siècle – nos riches archives, propriété des RN, sont déposées à l’IMEC – et celle de faire partager et découvrir les œuvres des artistes contemporains qui montrent leur travail dans le lieu qu’ils ont choisi. Choix dicté par la volonté d’appartenir à ce groupe de recherches plastiques, par le soutien à l’idée de communauté de pensée et par solidarité à la forme utopique du Salon Réalités Nouvelles.
Utopique ! C’est le fondement même de la forme associative : travailler au « commun ». Ce mot en apparence anodin unit les artistes des Réalités Nouvelles. Voilà la forme modeste de diffusion du Salon, comme un écosystème qui fonctionne plutôt bien. Il ne s’agit pas d’un musée qui pérenniserait une forme, ou d’une grande galerie et ses commissaires. C’est un espace de réflexion nécessaire dans le processus de création et un rendez-vous pris avec le public, des critiques, des journalistes, des collectionneurs ; quelque chose d’entre l’atelier et la galerie. Le Salon Réalités Nouvelles revendique la forme associative à laquelle ses illustres initiateurs le destinaient : partager son art créé de façon singulière avec la volonté d’adhérer à une structure qui permette d’exister socialement comme artiste et producteur artistique. Nous partons du postulat que, socialement, une œuvre qui n’est pas vue n’existe pas. On pourra considérer que montrer des œuvres d’art est un enjeu de pouvoir. Ce qui est vu définit le champ de l’art du moment. Ce qui est le plus vu semblerait être le plus pertinent, mais est-ce forcément ce qui est produit par la majorité des artistes du temps ? Cette problématique est prise en compte depuis l’origine des Réalités Nouvelles après le désastre de la Seconde Guerre mondiale : faire exister un lieu et un temps d’exposition géré par les artistes eux-mêmes qui choisissent de présenter le travail d’un grand nombre de producteurs d’œuvres d’art en se positionnant en un « à coté » assumé des instances de légitimation institutionnelle que sont l’industrie culturelle, les médias et le marché. Les Réalités Nouvelles sont aussi un important réseau professionnel.
Voici de façon succinctement brossée notre modèle éthique et économique, fragile mais soutenu par les artistes qui y exposent et le public nombreux qui nous visite. Toutes les expériences nouvelles pour un salon ont été et sont engagées : les Hors les murs, de Belgrade à Pékin pour le cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France, de la région Rhône-Alpes à la Normandie, ainsi que la création de la non profit galerie « Abstract Project » à Paris, il y a trois ans. A chaque fois les financements ont été supportés principalement par les artistes, puis par le ministère de la Culture et les partenaires ou institutions qui nous recevaient.
Il est une fausse idée qui consiste à croire que les institutions et les artistes eux-mêmes cautionneraient l’image de l’artiste romantique qui n’aurait besoin que d’amour et d’eau fraîche pour vivre et créer. Tous, nous savons que tout citoyen est confronté aux questions de subsistance, de carrière, de sécurité sociale, de retraite, de chômage. Si les artistes exposant aux Réalités Nouvelles participent par le versement d’une cotisation, c’est donc en connaissance de cause.
Nous adhérons aux propositions volontaristes et généreuses – de syndicats et de collectifs d’artistes qui fonctionnent comme des groupes de pression vers les institutions – ayant comme projet la rémunération des artistes lorsqu’ils participent à une exposition comme la nôtre. Ce sont de bonnes idées mais leur mise en œuvre est la vraie problématique. La majorité des artistes exposant en France dans les centres d’art ou dans les structures associatives n’ont pas de rémunération à l’exposition, contrairement à leurs homologues canadiens avec le militantisme ancien de la CARFAC. Les galeries françaises ne le font pas puisqu’elles ne sont pas subventionnées. Les centres d’arts de toutes tailles recevant des subventions le font-ils ? Y a-t-il un système de vérification de la destination de ces sommes allouées spécifiquement ? Le financement pour le montage des expositions ne peut en même temps servir à rémunérer les artistes. La prise de conscience, la connaissance des difficultés des artistes à trouver des rémunérations décentes n’est pas la solution mais la question.
Aujourd’hui, le comité des Réalités Nouvelles travaille à trouver des financements qui permettraient de baisser les coûts de participation demandés aux artistes exposants. Il faudrait d’ailleurs intégrer à ces financements la rémunération de la vingtaine de bénévoles permanents dont au moins cinq d’entre eux assurent un véritable mi-temps annuel. Et que dire de l’industrie de l’exposition dont les coûts sont exorbitants et en augmentation ? Avec détermination nous cherchons à faire des économies sans sacrifier la qualité reconnue de l’organisation et la monstration des œuvres chaque année.
Notons que le Salon Réalités Nouvelles a été parmi les tout premiers à proposer, en marge de l’accrochage à proprement parler, un espace petits formats où chaque artiste propose une œuvre à un tarif unique correspondant au montant même de la cotisation. Cela permet pour une grande partie d’entre eux d’exposer à coût nul, en plus de rencontrer un amateur ou un collectionneur, nouveau ou fidèle.
La question qui se pose aux artistes est complexe : participer financièrement à une aventure particulière sans rémunération autre que la vente potentielle de son travail, ou bien recevoir une rémunération dont le niveau de rétribution sans cadre pourrait être insultant. La vraie rémunération pour une ou un artiste, c’est la vente de son travail. C’est d’abord là qu’est la valorisation d’un travail, le reste ne peut être considéré que comme un supplément.
La subvention ministérielle et le financement de l’ADAGP n’assureraient pas seuls le financement global pour organiser le Salon Réalités Nouvelles. Peut-être devrions-nous nous tourner par exemple vers les chambres de commerce en région, qui soutiennent par leur réseau d’entreprises les associations culturelles de leur territoire ; l’évidence de la proximité d’intérêt agit pour les porteurs de financements privés, mais qu’en est-il pour une association nationale comme la nôtre ? Sans ce potentiel financement régional ou le mécénat privé, un salon comme les Réalités Nouvelles ne pourrait plus vivre sous sa forme actuelle. Car si à l’avenir, les critères pour l’attribution de la subvention ministérielle sont ceux de la non cotisation et la rémunération des artistes exposants, cela implique un double changement : le modèle de l’association se transformerait en celui d’une start-up, le nombre et les modes de sélection des artistes changeraient radicalement, nous passerions de près de 400 exposants à une petite centaine, peut-être moins.
C’est donc le projet même de notre association qui est repensé par la dimension financière.
D’autre part, nous revendiquons les fondements internationaux des Réalités Nouvelles. C’est aussi dans cette dimension généreuse initiée en 1946, et continuée depuis, que réside l’humanisme d’une association d’artistes comme la nôtre. Le fort rayonnement dans le monde de notre association française doit aussi sa notoriété et sa popularité à ce choix ouvert.
Le Salon Réalités Nouvelles est à la croisée des chemins. Les artistes n’ont pas de difficulté à créer ou à appliquer des réformes mais à en évaluer la nécessité dans l’intérêt des artistes, de tous les artistes.

Olivier Di Pizio
Président du comité du Salon Réalités Nouvelles
Paris, octobre 2018

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