« On ne peut pas se baigner deux fois
dans le même fleuve. »

Héraclite

 

Rien ne se répète jamais vraiment à l'identique. Ainsi tout flue dans un devenir perpétuel et toute impression de stabilité n'est qu'illusion. Ce que de façon trop rapide, nous croyons voir se répéter ou sembler être identique, comprend l'abondance d'infimes différences qui font de chaque regard un événement toujours nouveau et qu'on ne peut réduire à ce qui l'a précédé.
Le Salon Réalités Nouvelles est une vénérable maison, que l'on pourrait croire statique, piégé par son histoire et sa forme. Et bien c'est évidemment le contraire que vivent les visiteurs, les amateurs qui viennent suivre le travail de tous les artistes qui se retrouvent nombreux ici chaque année. L'association des Réalités Nouvelles propose un ensemble multidisciplinaire (peinture, sculpture, dessin, photographie et images animées), illustrant le spectre élargi des ramifications plastiques reliées à l'expression de l'abstraction, des abstractions. Si l'on remonte aux racines historiques du terme "abstraction", on s'aperçoit qu'il a été très souvent remis en question : les mots réel, réalisme, réalité apparaissent chez la plupart des pionniers de l'abstraction. Mondrian écrit par exemple en 1919 un texte intitulé "Réalité objective et réalité abstraite", Malevitch parle de réalisme pictural et Kandinsky établit une équivalence entre réalisme et abstraction, justifiée de la manière suivante : « Dans l'art abstrait, l'élément objectif réduit au minimum doit être reconnu comme l'élément réel le plus puissant. » Autrement dit : la notion de réalité est assimilée à celle de "réalité plastique" de l'œuvre – l'abstraction au-delà d'elle-même, comme le dit l'historienne et critique d'art Marion Daniel(1). C'est un des points d'entrée des réflexions autour de l'abstraction. Ce point qui permet aux artistes et scientifiques de créer des liens et des flux qui réunissent leurs pratiques respectives dans les œuvres entre installation et sculpture que nous présentons dans la section "Arts & Sciences".
Avec la proposition d'Erik Levesque, artiste et membre du comité, nous organisons un colloque intitulé "100 ans après Malevitch, qu'est-ce montrer l'Abstraction ?". En tension dans les espaces de l'exposition, une installation où nous proposons d'explorer une image forte de l'histoire de l'art de l'abstraction, celle de l'exposition de Kasimir Malevitch en 1915 intitulée "Dernière exposition futuriste de tableaux 0.10". Plutôt que la reproduction en un fac-similé respectueux de cette mythique exposition, comme à la Fondation Beyeler, la reconstitution in vivo dans les allées du salon de l'image en noir & blanc de cette exposition est d'une certaine façon un objet qui nous permet de penser l'apport de Malevitch dans la conception et la perception des œuvres abstraites. C'est bien cette image qui nous préoccupe. Quelle place occupe-t-elle dans l'imaginaire ? Dans le musée imaginaire de chacun ? Pour célébrer le centenaire de cette l'exposition de 1915, quoi de mieux que de réfléchir avec nos invités, historiens, critiques, artistes, au rôle que joue Malevitch dans la constitution du parcours de pensée des artistes qui produisent des œuvres "abstraites", mais aussi de ceux qui montrent le travail des artistes abstraits ?
Le Salon Réalités Nouvelles est une association qui vit et travaille grâce au bénévolat des artistes qui composent le comité, aux artistes qui financent une partie de l'événement mais aussi par le soutien de nos partenaires. Nous savons l'importance du soutien du ministère de la Culture et de la Communication. Il est à noter la reconduction depuis plusieurs années du même montant de subvention au bénéfice de l'association des Réalités Nouvelles. Dans ces temps d'économie budgétaire drastique, ce point doit être souligné. Il en est de même du soutien constant de l'ADAGP qui œuvre à la défense des droits des artistes et qui par son effort financier permet d'inviter chaque année une sélection de très jeunes artistes sélectionnés sous la forme d'une carte blanche à un enseignant en grande école d'art. Cette année, c'est Yvan Le Bozec, professeur à l'école des beaux-arts de Quimper qui proposera un regard sur la création de jeunes gens issus de cette même école.
Je ne pourrais clore cet édito sans saluer la mémoire d'un des nôtres, artiste et membre du comité, Thierry Thomen. Ami de beaucoup d'entre nous ; sa gentillesse, sa générosité, sa conception de la vie vont nous manquer. Son œuvre est là, lumineuse, irradiante.
Le Salon Réalités Nouvelles, un espace pacifique et navigable. Utopique aussi.d'expositions très prochainement.

Olivier Di Pizio
Président du comité du Salon Réalités Nouvelles
Paris, septembre 2015

 

(1) Marion Daniel, "L'abstraction au-delà d'elle-même. Shirley Jaffe, Jonathan Lasker, Philippe Richard et Diana Cooper : l'hétérogène, l'impur, la limite" in revue Esthétiques 2, Philosophique 2011, Annales
Joël FROMENTJeanne CHARTONGiovanna STRADACatherine LÉVALaurent BOUTFrançoise AUBRYJean-Philippe BAUDRYChristophe SYRENMichel DEBULLYPierre BOILLOTRoland ORÉPÜKRossen IVANOVMarie BÉRATOuanes AMORErdem KUCUK-KOROGLU