Mémoire vive
La phrase de René Char : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », correspond bien à la pensée qui nous anime, celle de poursuivre l’esprit de démocratie culturelle, de promotion des artistes, de tous les artistes quelle que soit leur reconnaissance présente ou future, mais aussi celle de considérer l’abstraction ou les abstractions comme un territoire ouvert.
Les incertitudes que vit notre salon dans cette période sont intimement liées à son histoire, à celle des artistes et aux conditions d’exposition dans la situation culturelle, esthétique et économique de ce début de XXIe siècle. Notre situation financière s’avère d’année en année de plus en plus difficile. Les subventions que la DAP nous alloue sont en diminution constante alors que les coûts de fonctionnement augmentent. Nous essayons de mobiliser des fonds privés sur nos projets, mais la crise économique et les critères de rentabilité ne le permettent pas. Nous n’avons absolument rien contre le mécénat, nous voulons simplement témoigner de la difficulté que nous avons dans nos structures associatives à trouver des financements privés. Demain la réforme du statut des associations annoncent de nouveaux périls. Le partage de l’idéal universel de l’art et de la culture est mis à mal par la soi-disant nécessaire rentabilisation des « actifs immatériels », avec comme corollaire une paupérisation des institutions publiques qui serait la seule solution moderne. Nous ne croyons ni ne pensons que les artistes doivent être seuls à assumer financièrement l’enrichissement culturel, artistique, poétique de la société.
Beaucoup d’artistes produisent des œuvres dont peu sont en fin de compte vues. Socialement, une œuvre qui n’est pas vue n’existe pas et on pourra considérer que montrer des œuvres d’art est un enjeu de pouvoir. Ce qui est vu définit le champ de l’art du moment, ce qui est le plus vu semblerait être le plus pertinent. Est-ce forcement ce qui est produit par la majorité des artistes du temps ? Nous le savons tous, une œuvre qui n’est pas vue ne peut continuer à vivre. Cette problématique est prise en compte depuis l’origine des Réalités Nouvelles, faire exister un lieu et un temps d’exposition géré par les artistes eux-mêmes qui choisissent de présenter le travail d’un grand nombre de producteurs d’œuvres d’art en se positionnant en un « à côté » assumé, des instances de légitimation institutionnelle que sont l’industrie culturelle, les médias et le marché. Nos archives sont le témoin de ces résistances à l’art officiel et au corporatisme et elles sont aussi un outil pour les artistes à faire valoir leur autonomie. Nous ne sommes pas « la permanence de l’abstraction » mais bien plutôt le lieu où s’affiche la pertinence que revêt ce choix d’expériences plastiques pour l’aventure poétique et personnelle des artistes qui composent cette communauté, 400 artistes dont 150 nouveaux noms chaque année. Et comme il ne s’agit pas de l’art pour l’art, mais de relation au monde et à l’expérience du monde, la prise de position à peindre, sculpter, dessiner, photographier l’abstraction ou de façon abstraite est un pari, une prise de risque dans les possibles de la création. Le Salon Réalités Nouvelles est un endroit d’échanges privilégiés pour les artistes qui y exposent, produisent des œuvres et du sens.
Les archives des Réalités Nouvelles sont notre patrimoine. Un patrimoine vivant qui éclaire le travail associatif du comité. Conscient que notre rôle va au-delà de l’organisation d’une exposition annuelle, nous nous engageons dans un processus de partage de ce patrimoine. Durant l’année nous nous sommes rapprochés des deux entités les plus sérieuses et les plus proches de nous par le travail qu’elles ont déjà développé autour de l’abstraction ainsi que sur les fonds d’artistes, de collectionneurs et de critiques parmi les plus important du XXe siècle qu’elles possèdent. La relation que nous avons engagée avec ces deux institutions de renommée internationale a été faite dans la cordialité et la transparence la plus totale. Il s’agit d’une part de l’IMEC (Institut de la Mémoire et de l’Ecrit Contemporain) en la personne de son directeur des collections, responsable des fonds artistiques, Monsieur Yves Chevrefils-Desbiolles, et de la Bibliothèque Kandinsky du Musée Nationale d’Art Moderne Centre Georges Pompidou, représenté par son conservateur responsable de la gestion des collections, Monsieur Didier Schulmann. Il s’agit pour nous, dépositaire d’un patrimoine inestimable, de le rendre visible et utile pour le public, les artistes, les historiens, et les critiques. Il nous reste à établir les modalités et le choix du dépôt ou de la donation. Quelle que soit la solution, il faudra établir l’acte juridique qui encadre la relation entre les Réalités Nouvelles et une ou les institutions. C’est pourquoi nous organisons le samedi 10 avril un débat ouvert dans le cadre du salon dont l’intitulé est « COLLECTER, PRETER, DONNER LES ARCHIVES DU SALON DES REALITES NOUVELLES ? ». Si les efforts de communication, de référencement, de développement du site internet des Réalités Nouvelles, la page Facebook qui lui est dédiée participent à l’extension du rayonnement des œuvres et des artistes vers un public de plus en plus large, la numérisation des archives, leurs accès, le développement du site et de sa base de données sont au cœur du champ d’action qui nous attend.
Montrer, débattre, renseigner, transmettre. Dans cet état d’esprit le comité choisit en 2008 puis en 2009 d’ouvrir les cimaises de l’allée centrale à de très jeunes artistes récemment diplômés des écoles d’Art. Cette initiative a été saluée par les visiteurs intéressés par ces propositions, parfois proches de celles de leurs aînés ou encore très libres dans le choix du médium utilisé. C’est une aventure que nous pérennisons, parce que tout au long de son histoire, le Salon des Réalités Nouvelles a été l’endroit des premières confrontations pour de jeunes artistes.
Nous sommes extrêmement heureux des partenariats que nous avons établis au seul bénéfice des artistes présents sur le salon avec les acteurs culturels aussi variés et précieux que sont la maison Marin, l’éditeur « le livre d’art.com », les journaux d’art, art press, arearevue)s(, Azart et le site « la critique.org ». Nous tenons aussi à remercier l’ADAGP pour son soutien sans faille depuis de longues années.
Saluons la mémoire de Raymond Mason décédé en février dernier, qui participa au salon de 1949. Et celle de l’un des nôtres, membre du comité durant de longues années, le sculpteur Marcel Petit auquel nous rendons un hommage qui sera, nous l’espérons à la hauteur du rayonnement de l’œuvre et de l’homme dont la sculpture transmet toute sa force méditative.
Olivier Di Pizio
Président du comité
Mars 2010














