Production artistique de masse,
monstration de masse
Si un spectateur me dit : « le film que j'ai vu est mauvais », je lui dis : c'est de ta faute, car qu'est ce que tu as fait pour que le dialogue soit bon ? Jean-luc Godard Certains se réclament d'un art, plastique, sans artiste, académique, relationnel, anonyme, sans œuvre, dématérialisé, ou encore contextuel et la liste n'est pas close ; certaines pratiques sont incluses dans d'autres systèmes de monstration ou d'existence, le design, l'architecture, la danse, la publicité, le spectacle vivant, le Street art, etc. le tout dans de joyeux aller et retour vivants. Il y a en France environ 48 500 artistes répertoriés à la Maison des Artistes en 2009, affiliés et assujettis. Nous pourrions supposer, manquant de critères d'évaluation qu'il coexiste au minimum la même proportion d'artistes non inscrits à la dite Maison. Disons 100 000 hommes et femmes qui pensent et pratiquent l'art, les arts. Sont-ils tous professionnels ? Semi-professionnels, amateurs, semi-amateurs et qu'entend-t-on sous ces vocables ? A voir la floraison permanente d'instances locales de pratiques et d'expositions d'art contemporain le chiffre semble encore largement sous évalué. Ces lieux doivent faire face à un afflux impressionnant de candidatures d'artistes, tous désireux de montrer leur travail et pas uniquement dans un seul de ces endroits mais tout au long de l'année. La très faible probabilité de réussir sur le marché de l'art où les places sont chères, la menace de la précarité, l'angoisse du syndrome de l'artiste raté, parce qu' « il n'a pas de galerie » comme l'on dit, développe chez les artistes des stratégies de vie et de survie professionnelles insoupçonnées. Certes l'individualisme est renforcé dans ces temps de crise, il est aussi inhérent pour partie au caractère même de la recherche artistique et de la rivalité individuelle qu'elle peut engendrer ; mais on peut remarquer un développement grandissant de structures collectives, efficaces à s'adapter aux circonstances et à inventer de nouveaux enjeux. Elles peuvent s'appeler collectifs, Art quelque chose (dans la ville, de rue…), salons, foires nationales, internationales, et autres trouvailles lexicales. Ce système a plusieurs étages : la masse des artistes, le marché, les institutions, les initiatives privées et associatives, qu'ils soient locaux, nationaux, internationaux. Tous constitutifs d'un projet global mais indépendants des uns des autres. La complexité des niveaux est garante d'une pratique saine de diffusion de l'art dans la culture. Ce n'est pas une question de poids des uns et de résistance à d'autres, de rapport de force mais plutôt une réalité qui rejoint par des chemins inattendus, certaines des utopies qui ont jalonné le XXe siècle. L'art pratiqué par un très grand nombre et qui se montre le plus largement possible. C'est dans cet espace que s'inscrit le Salon des Réalités Nouvelles avec encore plus de force et de légitimité. Le « Salon » est introspectif, passeur d'Histoire et s'inscrit depuis longtemps en marge de l'analyse des mouvements. Entre auto critique et critique de l'environnement dans lequel il évolue, un salon comme le nôtre propose des pistes de réflexion privilégiant la spontanéité et l'intensité de l'expérience. Son but n'est pas de défendre un modèle type de l'exposition idéale, mais il se révèle paradoxalement comme une référence d'une des formes de monstration du travail des artistes au plus proche des artistes, reconnu et soutenu par les artistes eux-même et par un public toujours plus enthousiaste. Une proximité qui favorise l'échange. Les Réalités Nouvelles se portent très bien. Notre succès public et le nombre grandissant de candidatures, nous confortent dans nos engagements en faveur des artistes. C'est le fondement même de notre association. Nous maîtrisons mieux notre image, sur la forme nous travaillons pour un fonctionnement toujours plus démocratique. La dynamique est notre meilleur outil, il faut continuer à proposer de nouvelles idées autour de l'association et ne pas hésiter à redéfinir en permanence notre projet. Nous le disions l'an passé, nous ne pensons pas que seuls les artistes doivent assumer financièrement l'enrichissement culturel, critique, artistique, poétique dans la société. La subvention que nous alloue le Ministère de la Culture par la Direction Générale de la Création Artistique nous semble un partenariat des plus légitime. La participation de l'État dans la vie des grands salons en France n'est pourtant pas assez importante au regard des budgets globaux. Je relisais l'entretien de Gérald Gassiot-Talabot avec Jean-Luc Chalumeau et Gérard-Georges Lemaire paru dans OPUS international de l'automne 1993 et je me réjouis de voir que les choses ont l'air d'avoir avancé. Personne ne souhaite laisser les vieux salons mourir tout seuls comme l'aurait peut être suggéré Malraux en son temps et certains salons ont procédé à des mutualisations et à des concentrations de structures. C'est à eux d'en faire maintenant le bilan financier et qualitatif. Cependant les subventions continuent à diminuer années après années. Alors que les coûts augmentent. Nous avons de plus en plus de mal à honorer toutes nos factures et nous nous battons pour ne pas augmenter la quote-part de 200 Euros que verse chacun des exposants à l'association Salon des Réalités Nouvelles. Une participation bien trop lourde pour certains. La part de travail bénévole tout au long de l'année n'est nulle part quantifiée, et c'est grâce à elle qu'une association comme la nôtre vit et peut construire des projets. Nous engagerons cette année un compte de ces heures de travail invisibles. Montrer, débattre, renseigner, transmettre. C'était dans cet état d'esprit que le Comité choisit en 2008 d'ouvrir les cimaises des Réalités Nouvelles à de jeunes artistes étudiants en écoles d'art ou récemment diplômés. Ce choix a conquis les visiteurs intéressés par les propositions, parfois très proches de celles de leurs ainés. Certains habitent par hasard ou par choix, des styles, des formes appartenant à l'histoire de l'art. C'est une aventure que nous pérennisons non pas pour faire du jeunisme, la jeunesse n'est pas dans ce domaine une qualité en soi, nous l'avons déjà dit, mais parce que tout au long de son histoire le salon des Réalités Nouvelles a été l'endroit des premières confrontations pour de très jeunes artistes, confrontation à un lieu d'exposition, à un public et à d'autres artistes. Les efforts en communication, le site internet des Réalités Nouvelles, la page Facebook qui lui est dédiée participent au rayonnement des œuvres et des artistes vers un public de plus en plus large. Ces choix se sont avérés juste, nous nous félicitons du renouvellement important des artistes exposants cette année, et de recevoir de plus en plus en candidatures spontanées de jeunes artistes et pour certains encore étudiants. Le travail de collecte des archives autour des Réalités Nouvelles se poursuit. Les débats organisés sous la responsabilité du comité ont permis de bien prendre la mesure de l'importance pour l'avenir du salon de déposer ses riches archives dans une institution à la mesure de leur qualité historique. Le comité votera et s'engagera sur ces choix durant l'année qui vient. Nous sommes extrêmement heureux des partenariats que nous avons établis au seul bénéfice des artistes présents sur le salon avec les acteurs culturels aussi différents mais précieux que sont la maison Marin ou l'éditeur le livre d'art.com, les revues d'art comme artpress, area, artension, et les sites comme lacritique.org et paris-art.com. Je tiens aussi à remercier particulièrement l'ADAGP pour son généreux soutien depuis de longues années. Je souhaite terminer cet édito en évoquant la mémoire de trois artistes membres du comité, décédés l'an dernier. Le Salon des Réalités Nouvelles leur rend un hommage en réalisant un accrochage de leurs œuvres. Ruggero Pazzi, sculpteur exigeant, retenu et silencieux, membre du comité durant 25 ans. Raymond PERGET, toujours présent pour vivre l'aventure des accrochages annuels et accueillir avec chaleur et amitié les nouveaux membres du comité et les exposants. Henri PROSI, vice-président depuis de très longues années, était une des chevilles ouvrières du salon. Il a su réunir autour de lui de nombreux artistes engagés, dans la section dite Abstraits Géométriques dont il avait la charge. Tous deux étaient peintres, avec passion et conviction.
Olivier Di Pizio
Président du comité
Mars 2011














