à Aurélie Nemours 1910 – 2005
Aurelie Nemours, dans ses poèmes et dans sa patiente exploration du carré ou du quadrilatère coloré, ou noir et blanc, nous incite à prendre conscience de toute la symbolique de la croix, subtil point d’équilibre entre le centrifuge et le centripète, le vertical et l’horizontal, le divin et l’humain. Cette métaphysique, qui s’appuie sur un extrême raffinement, pose chaque oeuvre comme autant d’affirmations, d’étapes d’un monde en cours de création, ou d’une musique qui s’élabore. J’ai souvent eu le sentiment de retrouver une sorte de gestation silencieuse d’un univers, qui éprouve soudain l’impérieux besoin de redire un axiome, une vérité élémentaire... ce qui expliquerait cet ascétisme “cistercien”, qui réunit Mies Van der Rohe (“Less is more”) et les premiers philosophes grecs : Thalès, Pythagore, Héraclite... Regarde-t-on deux fois le même tableau, le même carré noir? Cette volonté de dépasser l’instant, de parvenir à un absolu, se retrouve dans la série des “Rythmes du millimètre”. Le thème du carré, et de son inverse la croix, devient une longue méditation sur les rythmes et les proportions des noirs et des blancs, autant de zones de silence et de tension, engendrées par les contrastes, les angles droits, les plans qui construisent un espace solide, palpable, dépassant toute anecdote humaine. Peut-être trouvons-nous ici un écho de ces espaces infinis dont le silence effrayait Pascal, et dont les harmonies sonores fascinaient les Pythagoriciens et Platon.
Bernard Fauchille Directeur des Musées de Montbéliard.
rythme du millimètre frémissement de la grille le signe et le sens charge du silence le nombre illuminé cour de la forme secret de la figure
rigueur du délire ce paradoxe nous l’appelons géométrie hauteur de l’origine forme du nombre naïveté de la matière virginité de la matière innocence de la matière obéissance de la matière dans le nombre parfait l’irréductible
art vulnérable le point exquis
A. Nemours, oscillatoire, extraits.