Antoine DE MARGERIE

Hommage à Antoine De Margerie

1941 - 2005

Antoine de Margerie est né en 1941. Il nous a quitté au début de cette année et laisse un grand vide chez tous ceux qui ont partagé son existence, chez ceux qui, à un moment ou à un autre, ont partagé ses préoccupations et son amitié.

Il a fallu à Margerie beaucoup d'obstination pour exercer son métier de peintre, il lui a fallu enjamber bien des obstacles. Mais peintre il l'était, et il a fallu moins de temps à ses confrères (je pense à Luc Peyre, à Jean Leppien, et à tant d'autres) qu'à un entourage, pour qui l'artiste est un trublion, pour le reconnaître et l'asseoir parmi eux. C'est pourquoi il est entré avant l'âge de trente ans au Comité du Salon des Réalités Nouvelles (1972). Jacques Busse l'appelle au début des années 90 au bureau (ou conseil d'administration) où il occupe la fonction de trésorier, c'est-à-dire de gardien du temple. S'il l'avait accepté, il lui aurait succédé à la présidence du salon, mais il préféra conserver sa fonction première et je n'eus qu'à m'en féliciter: il assura pendant 15 ans une gestion quasi professionnelle de notre association, ce qui permis au salon de traverser sans encombre de multiples zones de turbulences.

Si discret qu'on l'aurait cru distant, son exigence de rigueur, présente dans la vie comme dans son travail, nous le rendait incontournable. Disons-le, elle ne fut pas toujours comprise, son souci de précision étant parfois assimilé à une sorte de froideur, alors qu'elle n'était que recherche de justesse. La justesse, suprême exigence, suprême élégance. Son habituelle discrétion ne peut obérer sa large ouverture au monde, l'entrain avec lequel il participait aux manifestions pour la défense des droits de l'homme, pour l'accès de tous à la culture, pour une définition claire de la place de l'artiste dans la société.

Peintre et graveur, Margerie part d'une géométrie dans l'espace faite de longues lignes droites ou courbes délimitant des plans arides où les gris et les noirs dominent, des zones où règne le silence, où l'émotion est apparemment absente; c'est le fruit d'un effort de dépouillement sans cesse repris, d'une interrogation anxieuse inlassablement renouvelée. Mais la rigueur et la précision ne débouchent jamais sur ces ordonnances trop parfaites qui figent le discours; au milieu des tons assourdis qui portent cette géométrie se glissent des bleus, des roses, des oranges qui annoncent l'épanouissement de la couleur.

Elle viendra avec le temps: les lignes se mettent alors à vibrer, la matière se fait plus frémissante et une émotion énorme remonte à la surface. C'est un élan toujours renaissant, qui ne laisse place à aucune illustration de sentiment, à aucune évocation de la vie intérieure. La forme est toujours là, qui appelle la couleur, et la couleur dynamise l'espace. Le regard se trouve convié à une quête sans fin, où le dénouement affleure toujours, où le mot de l'énigme se dérobe au dernier moment.

En dépit de sa disparition prématurée, il serait faux d'en déduire qu'il laisse une oeuvre inachevée: Margerie avait ses doutes qui le portaient à chercher encore et encore. Cette tension sans fin est partout présente dans son travail, et ses dernières œuvres, d'une exubérance retenue, portent toujours la marque de sa quête douloureuse. Et ce n'est, au sens absolu, que peinture.

Guy Lanoë

Eva WALOVA-LEMAIREMichel MOUSSEAUKumiko NAKAJIMAIsabelle MELCHIORVanina LANGEDamien GRANELLEMadeleine DUCAU-PHILIBERTBruno KEIPJean CHARASSEPascal BOURGEOIS-MOINEAnne COMMET INDIA-SERENACatherine DUCHAMP-JEGUSei ARIMORIEva KLOTGEN