Jacques BUSSE

Hommage à Jacques Busse

1922 - 2004

A notre ami Jacques Busse.

Jacques,
Paul Valéry dit que "la mort est une surprise que l'imprévisible fait au prévisible". Comme c'est vrai ! Quelle terrible surprise tu nous as faite. Sache que nous ne nous y habituons pas.

Nous ne nous habituons pas à la perte d'un ami, d'un peintre, d'un homme de ta qualité. Le vide est immense et la mémoire vivante et forte ne peut combler ton absence.
Seule la présence de ton oeuvre nous console.
Cet hommage que le salon des Réalités Nouvelles te rend - en attendant une grande rétrospective que nous attendons - en témoigne.

Paris, le 23 Mars 2005.
Jean CORTOT.

Il m'appartiendrait sans doute d'évoquer ici l'énorme travail accompli par Jacques Busse pour les salons d'artistes, et en particulier pour le Salon des Réalités Nouvelles, sa volonté de le replacer dans son concept d'origine, le questionnement de l'abstraction sous toutes ses formes. Pendant de longues années, il a été l'interlocuteur écouté de nos autorités de tutelle, auprès desquelles il n'a cessé d'affirmer le rôle essentiel et irremplaçable joué par les salons auprès des artistes et du public. Personne ne l'oubliera, aussi je ne m'appesantirai pas.

Il me semble plus à propos d'évoquer Jacques Busse et ses amis. Curieux de tous et de tout, il avait une aptitude jubilatoire à mêler les générations, à rassembler autour de lui celles ou ceux dont les préoccupations étaient les plus diverses.

Car Jacques partageait avec Jeanne un sens aigu de l'hospitalité. Chez les Busse, les soirées se déroulaient comme une valse à quatre temps. Si cela n'était fait, les convives faisaient connaissance devant une bouteille de champagne ou de whisky sous la baguette avisée des deux hôtes. Puis l'on passait à table. Sa culture encyclopédique, son vécu, faisaient de Jacques un chef d'orchestre qui conduisait chacun à donner le meilleur, à briller. Sous la direction du maître, l'attention se cristallisait enfin sur une idée, sur un homme et la réflexion s'enrichissait, enflait jusqu'au moment de grâce où Jeanne allait chercher le livre ou le dictionnaire qui rassemblerait les suffrages. Détendus, les convives pouvaient alors se consacrer à l'approfondissement des mérites des différents crus du bordelais.

Les dîners passés chez Jacques et Jeanne ont été de ces moments rares où le mot "amitié" prend tout son sens. C'était un lieu de rencontres imprévues, souvent amusantes, toujours enrichissantes. D'ailleurs les convives se quittaient comme s'ils devaient se revoir le lendemain.

Guy Lanoë

A l'époque, "faire les galeries" c'était le meilleur moyen d'avoir une idée de la peinture et de ce qui se passait ; c'était des moments particulièrement agréables et enrichissants. Je me souviens donc très bien avoir vu pour la première fois la peinture de Jacques Busse, rue La Boétie, Galerie Jacques Massol. Cela devait être vers 1957 ou 1958. Cette peinture, nouvelle pour moi, m'intrigua. Il a fallu que je rencontre l'homme, le peintre, ce qui fut facile dans le cas de Jacques. Et je n'ai pas été déçu. Rencontrer le personnage Busse, c'était prendre conscience d'une pensée en pleine concordance avec l'expression de sa peinture, et, dans mon cas, aller à la rencontre d'une liberté que l'abstraction d'alors lui donnait et qu'il faisait partager. Tous ces éléments m'ont impressionné et ont participé d'une manière ou d'une autre à ma pratique. Loin d'être replié sur lui-même, Jacques Busse avait également un regard sur la peinture des autres, il aimait le débat, les rencontres, savait reconnaître le talent des uns et des autres. Sa critique judicieuse qui touchait juste et sa grande connaissance de l'histoire de l'art, ne laissaient peu ou pas de place à la médiocrité. Cher Jacques, tu nous manques.

Bertrand Dorny

Mon père exprimait sans réserve ni détours ses convictions, mais il ne le faisait pas de la même manière selon les sujets qu'il abordait. Autant, quand il parlait de littérature, de musique ou de politique, il pouvait lui arriver d'être assez dogmatique, s'arc-boutant parfois sur des principes discutables qu'il voulait croire incontestables; autant, quand il parlait de peinture, j'étais en revanche toujours surpris de son sens de la mesure et de la nuance, et surtout du souci qu'il avait de rendre justice au travail de ses confrères peintres, et ce, quelle que fût la tradition ou l'école à laquelle ils appartenaient, ainsi que la nature des relations qu'il pouvait avoir avec eux. Il lui est ainsi arrivé plusieurs fois de m'inviter à reconnaître le talent d'un peintre, que je négligeais bêtement sans doute, et dont les choix esthétiques ou professionnels se situaient pourtant aux antipodes des siens.

Et quand j'entendais mon père dire d'un artiste, "c'est un bon peintre", il me semblait qu'à ses yeux cette qualité, non seulement prévalait sur toutes les autres, mais qu'elle aurait également suffi à racheter tous les éventuels défauts de l'intéressé, qui parfois n'en manquait pas. Aussi, puisque la peinture est une histoire de regards qui se rencontrent, ce que je souhaiterais pour la peinture de mon père, c'est qu'on la regarde comme il regardait celle des autres.

Julien Busse

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