Shafic Abboud

Hommage à Shafic Abboud

1926 - 2003

Présence de Shafic

Il y a peu. Mohamed Aksouh nous a adressé une photo : Shafic et moi y avons l'air de deux vieux compères, deux vieux complices. Voici que Shafic a quitté la photo et que depuis je cours les hôpitaux. J'ai voulu pourtant me retrouver aujourd’hui avec vous tous autour de lui. Je n'écris pas des rubriques nécrologiques, je préserve les souvenirs vivants.

Shafic a toujours été, pour moi, inséparable du Salon des Réalités Nouvelles. C'est là que nous nous sommes connus et régulièrement revus. Shafic ne fait pas partie des Réalités Nouvelles, il en est une partie.

Hors ses expositions personnelles, c'est plutôt aux Réalités Nouvelles année après année, que j'ai suivi son cheminement, impatient que j'étais à chaque vernissage de découvrir l'Abboud nouveau.

Que j'aie aimé intimement cette peinture, cela ne regarde que moi. Mais je tiens à dire publiquement que la peinture d'Abboud me paraît être au centre de ce qu'est et de ce que peut être le Salon des Réalités Nouvelles. Tout simplement parce qu'elle correspond exactement à ce qu'on ait tenté de définir comme les marges de cette abstraction fondatrice du Salon. Être au centre parce qu'on occupe les marges, le paradoxe ne surprend pas de la part de notre malicieux Shafic.

Un centre n'existe que par son pourtour. Sans pourtour, il n'y a plus rien au centre, il n'y a plus de centre. D'ailleurs, au point où elle est arrivée presque un siècle après son apparition, l'abstraction n'est plus composée que de ses marges. L'abstraction géométrique est passée du centre des origines aux marges. L'abstraction lyrique s'est, à son tour, marginalisée après essoufflement. Au bout de son histoire, des pertes successives de ses origines et de ses avatars, l’art abstrait est enfin constitué de l'ensemble de ce que furent ses marges.

C'est là le théorème que, par la proposition de la couleur, démontre la peinture d'Abboud.

À occulter la réalité, la peinture d'Abboud irrite à force d'être scrutée. Shafic se poste devant ce qu'il peint pour qu'on n'y voit que ce qu'il en peint. Bien sûr, il y a de la magie, il est de l'Orient des magiciens, Shafic. D'ailleurs, chacune de ses peintures est un somptueux tapis sur lequel il nous emmène, selon le vent, selon le vent qu'il veut, selon son vœu, à chaque fois vers d'autres ailleurs. C'est incroyable avec lui ce que Montsouris ou le Val de Loire ressemblent à ce qu'on croit du Liban.

Jacques Busse

 
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