Thierry THOMEN


Effusion B-120#4 - 2014

HOMMAGE À
Thierry THOMEN
(1960 - 2015)

Délaissant au sortir de l'adolescence ses talents innés de dessinateur, les premières peintures de Thierry Thomen trouvent leur source d'inspiration dans la géométrie fantastique du mouvement « SPACE », né en 1975.
La figuration d'espaces synthétiques au moyen de la perspective et de l'aérographe permet alors l'émergence d'une simulation de volumes dans l'espace virtuel du tableau. Ce travail prolixe donne naissance à la série « Espaces synthétiques » dès le début des années 80. La lumière est, dès lors, une véritable source d'énergie maintenant ses formes en sustentation…
« Ainsi, la mise en place graphique de deux monolithes sur un axe continu laisse apparaître un point extrêmement sensible qui n'est autre que l'intervalle disposé entre deux volumes. Un espace ouvert à de multiples apparitions, une sorte de champs magnétique d'un équilibre parfait ; attraction /répulsion, assurant la stabilité et le maintien constant des deux blocs. Dans cet intervalle peut alors se concrétiser l'élément physique issu de ce rapport magnétique, constituant à la fois le lien, la rupture ou encore une signalisation spatiale autonome. »
Cette recherche ouvre ensuite la voie à des collages, puis par extension à des reliefs, assemblages géométriques successifs constitués de matériaux divers, objets de récupération industriels et technologiques.
Thierry Thomen rejoint alors le courant MADI.
«  Ces combinaisons primitivement accompagnées de matériaux technologiques ont progressivement fusionnés en un propos construit unitaire et homogène.
Ce re-placement « hors cadre », bien qu'objectif et concret, me semble une adéquation vivante réunissant les paramètres sensibles d'un environnement matérialisé, espaces simplifiés de liaison, d'équilibre possible, de mouvement, d'agencement poétique. »
Le développement de ses recherches tend ensuite vers une multiplication des repères visuels, par le moyen d'un élargissement de leur champ de perception (grandes surfaces colorées, toiles, volumes assemblés, installations basées sur des séries etc.). Ces procédés de compositions élargies suggèrent des échanges visuels, définis par diverses focalisations et par la prédominance d'une multitude de centres. Ces occurrences se délitent sous leur propre multiplicité, leurs vibrations similaires répétées ou leurs analogies de contraste induisent des rythmes et des repères sans cesse renouvelés.

Cet état d'être, ce positionnement singulier, annonce la magnifique série « diffusion / diffraction/ effusion » qu'il entame en 2006.
Les phénomènes visuels que Thierry Thomen propose au travers de ses toiles explorent la transformation lumineuse de la couleur, sa propagation dans l'espace du tableau et bien au-delà encore.
A l'occasion de son exposition au centre d'Art Albert Chanot à Clamart en 2011, l'artiste écrit :
« Il s'agit d'une recherche basée sur une combinaison simple : support, forme géométrique élémentaire, et couleur dont la mise en œuvre engendre des effets de dispersion tout particuliers. Ne laissant apparaître que la luminescence, la perception immédiate est perturbée au bénéfice d'une vibration immatérielle dont on a du mal à situer la source.
À partir de ces éléments, je mets en place des relations subtiles, des espaces de confrontation, de rupture, de parité, de positionnement. Jouant sur des degrés de diffusion, des «appréciations de présence» qui désignent les variations multiples d'une construction sensorielle. Ces qualités de présences lumineuses et les modulations visuelles induisent un mouvement continu, une présence «résonnante» qui éveille une résonance intérieure personnelle. Une respiration, convergente et divergente qui fait écho à sa propre vie physiologique. C'est le jeu de modulations permanentes d'une réalité vivante dans une temporalité, avec toute la variabilité d'un mouvement continu, de sa captation immédiate et subjective.
L'évaluation et la perception s'opèrent avec un ensemble de caractères sensibles; visuels, temporels, émotionnels, corporels, intellectuels, voire spirituels. C'est dans l'approche de cette globalité de présence, dès la conception, que j'inscris la construction qui en résulte dans une sensorialité éprouvée et opérante. »
Pratiquant ces dernières années le mouvement sensoriel et la méditation, il importe en grande partie les principes de ces pratiques pour interroger l'espace de son activité.
Dans ce contexte d'investigation, l'artiste revendique le caractère profondément sensoriel de sa démarche, en résonance totale avec ce qui l'habite.
Une spiritualité comme lieu de ressource qui modifie sa qualité de présence au monde et l'expression visuelle qui en témoigne.
A propos de l'exposition « Géométrie partagée » en 2014 au Hang'Art de Grenoble, avec ses amis Joël Besse et Roger Bensasson du comité des Réalités Nouvelles, Philippe Gonnet écrit :
« Thierry Thomen livre là de bien étranges tableaux qui sont en fait des volumes où la forme de ses motifs vient diluer la vibration de la couleur. C'est tout à la fois étrange et profond, comme si Piet Mondrian avait soudainement rencontré Mark Rothko, comme si on accédait à un au-delà alors que tout cela procède d'un en dedans… Puissante et subtile, cette expression ne cesse d'intriguer, d'interroger, pour mieux finalement renvoyer à soi même. »
Parce que la vibration qu'il propose et suggère dans son œuvre est la juste transcription d'une résonance interne, profonde et délicate, Thierry Thomen écrit en juin 2015 :
« Il s'est agit au cours de ces dernières années de m'impliquer autrement dans le quotidien, avec la justesse des acquis, et d'investir progressivement la subtilité des perceptions. »

Loredana Rancatore 

Günter WAGNERPaul-Henri FRIQUETElisabeth GEVREYDima HUNZELWEGPatrick SAUZEOlivier GLEYZEDaniel-Jules  ROGER Alvaro BOTEZVanina LANGEWerner STEMANSHélène  LEROY Philippe LE RAYIsabelle PALENCSabine GIOVANNETTINathalie LEBEAU