Louis NALLARD

 



HOMMAGE À
Louis NALLARD
(1918 - 2016)

L’écorché - 1991 (n°416965)
Huile sur toile 160x180 - Galerie Jeanne Bucher, Paris

 

Nallard n’est pas un nerveux ou un déchiré. Il est costaud. Dans sa peinture il peut se permettre la sensibilité, la finesse, même le bon goût. Ce n’est pas un raffiné. Il veut réaliser une peinture solide, donner à ses émotions une base très large dans la réalité. Il vit ce qu’il voit. Il a des racines dans le monde. Pour lui il n’y a pas un monde extérieur et un monde intérieur : ils sont confondus. Et il peint cela. Peindre cette réalité veut dire réunir au lieu de choisir : ne renoncer à aucun aspect de la réalité jusqu’à la rendre concrète dans la peinture. C’est pourquoi Nallard travaille très lentement. Il veut s’inscrire totalement dans sa toile. Les couleurs de ses toiles sont sonores comme la terre lourde, qu’il aime. Les couleurs deviennent de la lumière, émanant discrètement de l’intérieur de la toile. La lumière forme l’espace. L’espace dans ses toiles est partout un mouvement. C’est un mouvement en repos, c’est un repos en mouvement, mais partout un mouvement tendu. Les formes l’accentuent. Elles se nouent et se libèrent et forment un rythme cohérent. Dans la peinture de Nallard tous les éléments ne font qu’un. La qualité de la couleur est sa lumière, la qualité de la lumière est son espace, la qualité de la forme est son rythme. Une toile de Nallard est un organisme vivant, évident comme la nature.


Edy de Wilde, préface au catalogue de l’exposition Nallard
à la Galerie Jeanne Bucher en avril-mai 1961