Jean-françois GUZRANYI

 



HOMMAGE À
Jean-françois GUZRANYI
(1956 - 2016)

Une odeur venue d’ailleurs

En franchissant le seuil de l’atelier de Jean-François Guzranyi, une odeur vous invite vers un ailleurs… Partout des références : ethnologique comme ce magnifique masque africain, mémoire d’un passé familial présent par ses objets divers, pendule, vieux bocaux, murs recouverts de souvenirs… Tout autour de l’artiste, des toiles renversées, soigneusement rangées contre les murs. Les fenêtres occultées n’offrent aucune évasion, seules les œuvres en cours ouvrent l’unique perspective.

Dans un coin de l’atelier, un chevalet dressé avec sur sa droite, une palette tablette, témoin de l’acte créateur, qui connaît repentir, faiblesses, fougue et passions… C’est la fabrique de toute cette alchimie, un autel où l’artiste célèbre cette magnifique pâte picturale.
Sa palette de couleur :
le rouge domine avec toutes ses nuances, du rose au violacé,
le jaune ocre naturel venant de variétés de schistes et de grès,
le gris, le bleu, le vert olive,
et le blanc kaolin…

 

Plaisir rupestre - 2005 - Huile sur toile 73x92

 

Guzranyi pratique bien la peinture des maîtres anciens, porteur de la grande tradition picturale, avec cette technique mystérieuse, ces effets émaillés, ces glacis : la peinture à l’huile, celle du repentir, du séchage lent. Huiles de lin, de noix, d’œillette, d’hélianthe, de carthame… huiles essentielles. Les vernis et résines, dammar, mastic, copal de Venise… donnent aux couleurs une brillance qui rappelle l’émail, toute une alchimie qui déjà nous invite au voyage.

Les partis-pris de l’artiste ont leur esthétique propre, leurs codes et leurs récurrents. Ils sont le témoignage d’un monde passé, perdu, ou fantasme d’une irréalité qui devient réalité par la force créatrice. Paradis perdu réinventé et réinscrit.

Les nanas

Dans un travail antérieur, il est celui qui a affranchi le modèle, le libérant pour l’exhiber. Ses “Nanas”, femmes, objets, poupées, géantes émancipées qui gravitent dans un univers sombre, glauque, nous questionnent librement, se glissent furtivement dans la peinture pour mieux aiguiser nos désirs profonds, nos fantasmes présents ou nos résurgences de l’enfance...

Le monde Guzranyi
…sourire devant l’œuvre, c’est déjà l’accepter…

Petit monde qui, sans discontinuité, occupe tout l’espace, toutes ses images arrivent à fleur de toile, rémanentes, elles flottent entre l’œil et la main. Elles sont là, présentes, et constituent un vocabulaire précis d’êtres, de végétaux, d’objets, de personnages dont l’inventaire fantastique nous amène dans ce monde merveilleux humoristique où se mêle la tendresse. C’est bien dans cette révélation de son imaginaire fantasmagorique qu’il puise toujours des valeurs découvertes dans l’enfance et inscrites à jamais dans sa conscience.

Toute cette population silencieuse de formes familières réinventées constitue de véritables icônes païennes contemporaines. Figures inscrites dans la peinture, elles ont pris corps dans l’énergie picturale et portent en elles cette grande histoire de la représentation.

Les poupées russes “Matriochka”…

…jouets, poupées gigognes fabriquées en Russie à partir du dix-neuvième siècle, sont d’origine japonaise inspirée par l’imagerie du dieu Fukuruma. Ces poupées sont un symbole de fécondité. La version féminine est appelée babouchka, qui veut dire “grand-mère”, la version masculine dedouchka, “grand-père”. C’est bien un objet du monde de Guzranyi, qu’il va décliner dans la peinture. Jeune enfant langé ou petite fille géante qui toujours nous regardent frontalement, une longue supplique, une douce prière dans la peinture.

La série rupestre
…une grande diversité et une extraordinaire complexité…

La série de toiles nommées “rupestres” se décline dans des formats différents mais c’est bien toujours la même histoire, une peinture tout entière imprégnée d’humanité. Guzranyi libère l’énergie en façonnant la matière, révèle les couleurs, capte la lumière. La couleur dominante est noble, porteuse d’ancestralité, un travail de la couleur comme seul cet artiste en possède le secret, un secret initiatique pour des pièces maîtresses. On peut interpréter les formes mais on est dans l’impossibilité de deviner le sens des figures, comme si la tradition qui les a engendrées était perdue. Les images ne parlent pas d’elles-mêmes mais, si le sens est perdu, la relation avec le sacré semble évidente. Ces projections incongrues dans la matière picturale dynamisent par la rupture et font force dans la peinture.

Au-delà du visible

L’évidente qualité plastique de Guzranyi tient aussi dans sa faculté d’emmener le “regardeur” à aller au-delà du visible, en libérant le regard, en induisant dans la vision le trouble de la reconnaissance, l’objet questionne par sa taille, par ses formes reconnues et inconnues, brouille la vision. C’est dans cette mise sous tension qu’il amène à une confrontation objective de la peinture.

Son œuvre interroge en permanence le passé, pour mieux se projeter dans le futur. Jean-François Guzranyi est de la lignée des grands peintres : il porte le relais au plus haut niveau.

Maryse Bordet-Maugars, septembre 2007

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