FAVRE Nicolas

Peinture
Né(e) en :1975
Nationalité :France
3, rue Juvenal des Ursins
10000 Troyes
GSM : 06 73 91 53 08
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La peinture est une salope n°3 - 2014 - Acrylique et pastel sur toile 145x116

Paroles d'atelier : Entretiens avec Christian Noorbergen

Peu de couleurs suffisent à Nicolas Favre, et sa gamme chromatique est serrée. “Les couleurs s’imposent, ou plutôt leur assemblage s’impose, sur le plan esthétique, mais aussi émotionnel, et sentimental. Etrangement, avec ce travail, je me suis découvert un fantasme nostalgique, disons soviétique, sur la Russie bolchevique, une mélancolie au goût de steppes, qui donnerait naissance à des compositions colorées de gamme slave…“ Dans l’œuvre entière couve l’idée d’un monde transparent qui se met en place, avec ses chocs et ses entrechocs, celle d’un chaos qui s’organise, et d’un idéal à venir. “De grands espaces vierges, où tout est possible – le fantasme de ma géographie secrète - opposés à l’oppression. L’œuvre est l’équilibre entre ces contraires…“ Ces grands espaces seraient les miroirs du vide central d’où surgissent ses formes dures et saisissantes, qui font taches, signes, et corps. “C’est l’espace qui permet la naissance de quelque chose, comme une éructation, ou un accouchement.“
La création s’arrache à la création. L’art de Nicolas Favre fouille l’impact dur, voire violent. Dans ses toiles, les corps brûlent l’espace. Si les mains font la gueule aux bienséances, elles étreignent l’humanité. Des taches de mort-vie ensemencent l’étendue. Des coulures verticalisent la toile. On dirait des agressions de surface, des larmes de peinture. Ces corps là exacerbent le chaos porteur d’âme, au centre de l’œuvre. Choc salutaire qui délivre le regard du trop-plein des images fatiguées de la modernité. “Paradoxalement, ma peinture, consciemment, est douce, dans le travail, dans la pose, comme des caresses intérieures alternées avec des moments de chaos violent. C’est cela qui donne naissance ou qui détruit. Cette violence étant mienne, je suis en accord avec elle. Elle ne m’est pas étrangère, elle ne me fait pas peur. Mais, parfois, mon travail me dépasse. Je suis en train de travailler, et quelque chose va plus loin que moi. Et je ne me reconnais pas. Ça arrive comme une météorite. Si je me regarde, je vois un étranger. Je ne suis pas prêt.“
Peut-être faut-il le long et lent travail de la peinture pour porter cet arrachement, et préparer l’acceptation de ce qui surgit. Chaque peinture est une approche... “Je ne veux pas être dépossédé trop vite de ce que j’ai fait. Il faut mourir à quelque chose pour renaître à autre chose. Et dans la peinture, c’est tous les jours, c’est sans fin. On peut même se demander si la peinture, entre naissance et mort, existe vraiment“.
Dans la peinture de Nicolas Favre, il y a quelque chose d’éphémère, de l’ordre de l’instant privilégié, avec de quelque chose de passant qu’il faut saisir, pour arracher au temps qui passe, à la durée intérieure, un arrêt de conscience plastiquement concrétisé. “Un arrêt de conscience et en même temps une surconscience de ce moment. Je n’en profite pas vraiment – la peinture, au fond, est mon symptôme, et on peut se plonger, des heures durant, dans ce qui n’aura duré qu’un instant. Cependant, une peinture est terminée quand elle peut vivre sa vie propre. Elle continue seule. Je le sens physiquement. Ce n’est pas un orgasme, mais ça me picote dans le dos ! Là, je profite de ma peinture. Puis j’attends la suivante…“
Sans doute, les critères esthétiques latents, connus et inconnus, se mettent-ils peu à peu en place. Et installent une création plurielle. “Il y a toujours plusieurs lectures. Les couleurs, par exemple, pourraient être des larmes, du sang, ou des coulures dramatiques, mais cet aspect s’oppose à l’aplat du fond, plus calme et reposant. L’œil va du repos à la tourmente. Le chaos s’allie aux effets de matière. J’ai besoin d’une force dramatique et lyrique, bien orchestrée. Mon travail autrefois était trop séducteur. Je veux casser cette séduction pour être au fond, dans un rapport direct, d’homme à homme. Il ne s’agit pas de caresser le spectateur. Mes sources sont exigeantes. Rebeyrolle a fait vaciller mes codes graphiques, je rêve de tenir mon pinceau comme Soutine, pour qu'en jaillisse la même sourde puissance, et j’aime l’outrageante fraîcheur de Baselitz dans l'application de la mère matière."
Le point de départ est une base graphique, puis la peinture prend toute la surface, quand même de grandes traces dessinées restent présentes. Nicolas Favre sollicite la gamme entière du vocabulaire plastique : dessin, signe, tache, couleur, coulure, aplat... Le tragique latent tient à la tache implacable qui nappe le tableau, du gris au noir, du blanc au rouge. S’agit-il du tragique de l’existence ou tient-elle de sa vie propre ? “Pour moi c’est la même chose. Toute l’humanité est en nous. D’où l’immortalité de la peinture qui parle à tous les hommes, et qui dit quelque chose de l’inconscient collectif. Peindre une maison, c’est déjà un autoportrait. Ma souffrance est là. La peinture apaise mes angoisses et me régule. J’exorcise symboliquement les tourments de vie, qui résonnent chez les autres humains.
Rétrospectivement, c’est à partir du décès de mon frère que la peinture s’est vraiment imposée à moi. Ce décès m’a inscrit au cœur de la brièveté de l’existence. Il y a le fantasme de rester vivant au-delà de la vie, au-delà de ma vie. Et quand je peins j’ai l’impression d’être sur une scène. De chanter devant 15000 personnes !“
La tache, qui incante crûment la toile, s’écrase-t-elle de manière agressive afin de faire face à l’inertie du monde, ou bien vient-elle du dedans, comme une fleur volcanique qui viendrait éclore à la surface ? “Les deux. Elle sourd du dedans, elle vient du flux. Je ne sais pas d’où elle vient. Est-ce la peinture qui me crée, ou est-ce moi qui la crée ? J’ai ce doute. Ne suis-je qu’un instrument ? Cette fleur-tache vient s’éclater sur la toile. Puis, inlassablement, elle revient en miroir. Circularité de surface, en tourbillon, mais aussi, et sans fin, circularité du dedans vers la surface…
Il faut que je sois en pleine conscience pour travailler… Il faut que mon corps soit en état de service. Qu’il soit disponible à la peinture. Où est ma liberté, là-dedans ?
Peindre aveugle…“

Christian Noorbergen
Entretiens dans l’atelier. Sainte-Savine, mars 2013.
Après un cursus traditionnel au sein des écoles d'Art de Troyes et de Bourges dans les années 90, Nicolas FAVRE se rapproche de la peinture en 1999, date à laquelle il entame le développement de sa propre démarche créatrice.
Les années 2000 marqueront une époque de recherche et de maturation, jalonnée par plusieurs expositions personnelles dans le département de l'aube ainsi qu' à Paris.
Depuis 2010, son travail s'est enrichi des apports de la psychanalyse par l'expérience de l'Art-Thérapie, ce qui a considérablement accentué la dimension expressionniste de son œuvre.
Aujourd'hui, ses rencontres, ses échanges avec les acteurs de la création contemporaine, sa participation aux salons ainsi que ses expositions nationales assoient la présence de sa peinture sur la scène artistique française.

« L'étonnement est à ma peinture un influent critique. il m'évite les écueils de la décoration, de la reproduction, et de l'illusoire ronron d'une peinture en léthargie.
Toujours remettre en cause ce qui s'installe, être attentif au changement qui s'impose, et laisser la peinture savoir de moi – pour quelques instants encore - ce que j'ignore d'elle.
Mon travail propose à chacun un point de vue différent sur lui-même, elle est objet relationnel, sans aucune utilité particulière, autre que celle, intime et personnelle, que l'on voudra bien lui offrir. »

Nicolas FAVRE vit et travaille à Troyes ( Aube )

Parcours

2013
-«Artcité» - Fontenay sous bois (94)
-Salon des Réalités nouvelles, paris (75)
-Biennale d'Art Sacré (BASA), Confluences-Polycarpe, Lyon (69)
-exposition personnelle,« Arts Itinérances », Conseil Général de l'Eure-et-Loir (28)
-exposition personnelle, La maison du boulanger, Troyes (10)
-exposition personnelle, A.DEL Gallery, Lyon (69)
-exposition permanente, galerie Bréheret, Angers (49)

2012
-Salon Puls'Art, Le Mans (72 )
-exposition personnelle, médiathèque, Dizy (51)
-exposition personnelle, galerie Article, Wijk Bij Duurstede, Pays-bas
-exposition personnelle, Espace des Renoir, Essoyes (10)
-exposition permanente, galerie Bréheret, Angers (49)

2011
-exposition collective avec Ruta Jusionyte, Nogent Sur Seine ( 10)
-exposition permanente, galerie Bréheret, Angers (49)
-exposition personnelle, « la maison pour tous » Sainte Savine (10)
-exposition personnelle « Galerie Saint Martin » Troyes (10)
-exposition collective, « les inattendus » Sainte Savine ( 10)


2010
-invité d'honneur au salon d'hiver de Rosières (10)
-exposition personnelle, IUT de Troyes (10)
-exposition collective, galerie « Art-génération » Paris 4 (75)


2000 - 2009

-exposition collective, galerie « L'arrivage », Troyes
-exposition collective à la Tour Jean - Sans - Peur, Paris IV
-invité d’honneur à la semaine des Arts, lycée Camille Claudel, Troyes
-exposition personnelle , EMBA de Troyes
-exposition collective - « Point Z » rue Emile zola, Troyes


DISTINCTION

2012
- troisième prix Achille FOULD-STIRBEY, académie des Beaux-Arts de Paris