GAILLARD-REMONTET Catherine

Peinture
Né(e) en :1948
Nationalité :France
7, place des Récollets
17100 Saintes
Tél. 05 46 74 64 58
GSM : 06 09 84 19 39
ferrand.gaillard@club-internet.fr

Sans titre  - 2017 - Styrécryl sur bois 80x80

« ...cette page blanche est bien une page blanche ; elle est la page finale et sans fin du livre que je n'ai pas écrit, dont elle marque le terme à jamais inaccessible ; elle ne porte en elle aucune attente d'aucune inscription ; cette page est aussi blanche et aussi vide qu'il se peut ; et je la regarde comme telle parce que je suis, moi-même, cette blancheur et ce vide qui n'ont rien à exprimer ; elle est là, je suis là, nous sommes les mêmes, une chose de blancheur et de vide ; il suffisait de le voir ; rien de grave, rien de douloureux, rien de définitif ne saurait se passer, aussi longtemps que je m'en tiens à ce constat matériel : que cette page soit là, toute vide en sa blancheur, et moi devant elle sans autre pensée que son vide et sa blancheur ; car cette page est réellement une page ; il n'y a pas d'autre définition. »
Claude Louis-Combet (1)

« Vous savez, donnant une priorité au geste, à la pratique, il est normal que toute approche soit nécessairement démonstrative. D'ailleurs les « Notes de Parcours Médias » sont volontairement illustratives et se présentent comme une scénographie du « comment », réflexion graphique qui dans l'élan, aboutit rapidement à l'objet pictural. »
Jean Degottex (2)

Des stries aux raies...la lumière sillonne notre regard...

Nous guiderons, ici, notre réflexion sur la priorité revendiquée par Jean Degottex dans cette citation d'introduction car assurément la meilleure entrée dans le travail de Catherine Gaillard-Remontet n'est pas tant à chercher dans l'aspect monochrome et blanc de son travail que dans son geste qu'elle n'a cessé d'interroger et perfectionner depuis le début des années 2000. Ce geste franc, direct et définitif s'est toujours accompagné d'une recherche d'outils divers répondant à sa volonté d'inscrire, de graver dans un blanc immaculé des sillons rectilignes et modulés par la matière utilisée (peinture styrécryl) mais également pour trouver le bon espacement des lignes créées par celles-ci afin de ménager la meilleure perception des lignes qui l'animent, comme l'explique fort bien Moritz Zwimpfer (3). Le granulé initial de cette peinture devient sous le passage radical des spatules diverses employées par l'artiste un strié, un rayé, un sillonné. Les pointes des spatules dentées retrouvent le blanc du support initial ( sous-couche acrylique ) pendant que le creux des dents des spatules laissent se former des crêtes irrégulières mais rectilignes. La lumière s'engouffre dans ces fines striures et définit alors des champs et des chants de lumière qui organisent et structurent l'ensemble de la toile.
Pour autant le support blanc monochrome ne peut être conçu comme le simple réceptacle du geste. Il en est, plutôt, le partenaire, le vis-à-vis qui en définit les limites, les termes et les fins ( « fines » en latin). Tel un champ labouré révèle son étendue en ses sillons, les stries de Catherine Gaillard-Remontet révèlent l'étendue de ses peintures, tels les sillons de terre retournée commencent à nourrir les floraisons futures, les stries de ces peintures attendent l'effloraison de nos regards. Nous ne pouvons donc concevoir ces œuvres comme des « fractures de monochromes », dont parlait Bernard Lamarche-Vadel en 1978 (4). Chez Catherine Gaillard-Remontet le monochrome blanc n'est pas initial, si la blancheur et le vide du blanc, qui n'est qu'absence de couleurs, chers à Claude Louis-Combet, recueille l'assentiment de celle-ci ce n'est pas pour leur virginité originelle supposée mais bien plutôt pour leur qualité opératoire dans le processus d'inscription lumineuse qu'ils permettent, conjugués, au geste de striure. Son travail se rapprocherait en ce sens de celui de Robert Groborne(5), si bien analysé par Georges Raillard en 1977 et qui écrivait : « Ainsi le blanc de Groborne est moins inaugural qu'accusateur de tous les blancs où nous sommes absorbés. C'est sur le blanc même, résiduel, qu'il faut graver »(6). Graver sur le plan rapproche Catherine Gaillard-Remontet de certains travaux de Jean Degottex(7) également où celui-ci utilisa pour support des briques cannelées, ou des supports bois. De la même façon il se rapproche davantage dans la « tradition du monochrome blanc » de arkhitecktona suprematiste ( 1924-28) de Malévitch que de son carré blanc sur fond blanc de 1917(8). L' arkhitecktona suprematiste blanche intoduisant par ses volumes des ombres rythmées alternant avec des surfaces blanches plus proches du travail de Catherine Gaillard-Remontet. De même si nous ne considérons que l'aspect des lignes parallèles blanches obtenues par l'utilisation des spatules dentelées, nous pourrions fallacieusement rapprocher ce travail de celui de Agnès Martin(9)ou Martin Barré(10). Ces rapprochements formels nuisibles à tous ne peut que nous éloigner de la spécificité de ce travail dont les ancrages multiples authentifient la densité et la profondeur de la démarche mais ne sauraient en épuiser le sens. Par son travail plastique, Catherine Gaillard-Remontet transforme l'absence et la vacuité du blanc en présence et énergie de l'Ouvert et du Devenir...
J.F. Juin 2017


Notes
1-Claude Louis-Combet, Blanc, Editions Fata Morgana, Montpellier, 1980
2-Jean Degottex in «Degottex, toiles papiers graphiques 1962-1978, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris- 1978
3- Moritz Zwimpfer, Couleur, optique et perception, Dessain et Tolra, Paris 1992
Celui-ci explique que deux lignes très rapprochées sont perçues comme une seule ligne lorsque l'intervalle qui les sépare est trop petit pour être enregistré par les récepteurs nerveux de la rétine ( p.93)
4-Bernard Lamarche-Vadel , Fractures du Monochrome aujourd'hui en Europe,
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 1978
5-Robert Groborne, acrylique et sable sur toile, 100 X 81 cm , 1976
6-Georges Raillard, revue XXe siècle, les métamorphoses de l'abstraction, Paris, 1977
7-Jean Degottex, Bris-signe (IX) 18-09-1979, acrylique sur toile, papier kraft,plâtre,brique,
35,3 x 20,5 x 1,8 cm
Débris O – 22-01-1980, plâtre et brique, 17 x 7 cm
Marges oblicollor- 01-08-1984, acrylique, colle, papier Moulin Laroque
157 x 101 cm
Bois fendus Gordes 24-08-1986, bois peints et gravés.
8-Denys Riout, la peinture monochrome, Ed. Jacqueline Chambon, Nîmes, 1996
9-Agnès Martin, Lemon Tree, acrylique sur toile, 72 x72 cm, 1985, Coll. Yvon Lambert
Vit et travaille à Saintes ( Charente-Maritime )


Choix d'expositions personnelles:

2010: SNO Gallery, Sydney
2005: Galerie de “l'Epicerie” , Saintes
1995 et 1997 : C.E.A.U Saintes

Choix d'expositions collectives:

2016 70 ans Réalités Nouvelles, galerie Abstract Project, 75 011, Paris
2014 Réalités Nouvelles hors les murs, Paris/Pékin
2002 à 2017: Salon des Réalités Nouvelles, Paris
2002 D'ZARTISTES CONTEMPORAINS, 88 Bd de Charonne, 75 020, Paris
2006 : avec Elise Delbrassinne au C.E.A.U de Saintes
1998 : “Résonnance Art Roman / Art Contemporain” Charente- Maritime
1993 : “Perspectives” La Rochelle

Claude Margat:
Pour Catherine ( 1996)

Jacky Ferrand:
Tout commence en peignant (1996)
Installation 54 (1997)
L'Ècriture des lignes (1998)
Lignes ‡ haute tension (2006)