FERRAND Jacky

Peinture
Né(e) en :1958
Nationalité :France
7, place des Récollets
17100 Saintes
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« les plans de Dédale / Dedalus plans (1)» - 2017 - Acrylique sur toile marouflée sur bois 100x100

Du bout des yeux.

Mario Carpo, dans un article de la revue "L'architecture d'aujourd'hui" de Novembre/Décembre 2002, intitulé:"Topos, stéréotype, cliché, clone" expose les différents processus et procédés d'imitation et de reproduction des formes dans l'histoire des styles architecturaux. Il termine son article sur les changements dus à ce qu'il appelle, en 2002 donc, la reproduction électronique de l'image numérisée. Il écrit: "Comme on le sait, la reproduction mécanique de l'image ( dessinée ou photographiée) est désormais en concurrence directe avec la reproduction électronique de l'image numérisée. Toutefois, les premières conséquences de ce nouveau paradigme technique semblent se manifester moins dans le domaine de l'image architecturale documentaire ( représentation de ce qui est déjà bâti), que dans le procès d'élaboration de l'image architecturale projectuelle ( préfiguration de ce qu'on veut bâtir, mais qui ne l'est pas encore)." Bien que daté, ce texte nous signale déjà la prépondérance de la virtualisation, de "l'image architecturale projectuelle" que la conception numérique allait immédiatement survaloriser par rapport à ce qui est réellement.

Mario Carpo développe son propos sur les moyens de reproduction et d'imitation des formes à l'aide des outils et commandes numériques mais en étendant son propos au-delà de l'architecture vers le design industriel. Il écrit alors : « Plus que dans l'architecture, c'est dans le domaine du design industriel que les effets de ce changement sont déjà perceptibles. De l'avis général, toutes les voitures aujourd'hui se ressemblent. Ceci ne tient pas (ou peu) à ce que leurs concepteurs s'imitent ou s'espionnent réciproquement. En revanche, ils utilisent tous les mêmes logiciels de conception assistée par ordinateur. » Et il nous donne cette précision qui a retenu toute notre attention : Plus précisément, il semble qu'il existe trois ou quatre familles de ces logiciels, et les spécialistes détectent dans les formes ( dans les courbes, et surtout dans les "plis") des tôles des voitures la marque des logiciels utilisés pour les dessiner, car comme le nom l'indique, chacun de ces logiciels a sa logique propre.

Ainsi la façon de plier une tôle définissait une forme de voiture certes mais surtout révélait le programme, le logiciel informatique qui permettait de la réaliser. Le pli était donc tout aussi révélateur de la forme produite que de sa conception programmatique et numérique. Le pli était le dévoilement des deux versants du procédé de fabrication : conception ET réalisation. Notre auteur concluait sa réflexion de la façon suivante: « Lorsqu'on regarde le "pli" de deux tôles de voitures qui se ressemblent, le nescio quid ( le je-ne-sais-quoi) qu'elles partagent est en effet la fonction mathématique qui en est la matrice logicielle. Peut-être la conception par ordinateur est-elle en train de s'approcher d'une autre forme d'imitation dont on a peu parlé jusqu'ici, et à laquelle il faudra sans doute s’intéresser dans les années à venir: l'imitation de la nature dans son acte pour ainsi dire fondateur ou morphogénétique. ». Plus d'une dizaine d'années plus tard les délires et fantasmes de l'homme augmenté par les moyens numériques se sont démultipliés et la grande matrice logicielle tend à absorber et nier toute approche esthétique du pli différente.

Et pourtant comme Gilles Deleuze nous le rappelait dans « Le pli », Leibniz avait été lui aussi un penseur du pli, du pli baroque et ce qu'il écrivait, posait une toute autre approche de celui-ci. Par exemple :« Un corps flexible ou élastique a encore des parties cohérentes qui forment un pli, si bien qu'elles ne se séparent pas en parties de parties, mais plutôt se divisent à l'infini en plis de plus en plus petits qui gardent toujours une certaine cohésion ou encore: « mais comme celle d'une feuille de papier ou d'une tunique en plis, de telle façon qu'il puisse y avoir une infinité de plis, les uns plus petits que les autres, sans que le corps ne se dissolve jamais en points ou minima". Ces deux courts extraits mettent en évidence une conception du pli très différente de celle de notre pli mécanique, singularisé, isolé, précédemment abordée. Ici nous avons une repésentation du pli plus organique, ou celui-ci s'inscrit à l'infini dans une « cohésion du vivant ». L'opposition des plis et des grains de sable de Leibniz est très parlante pour un plasticien et l'on pourrait d'ailleurs se demander dans quelle mesure le point et le plan de Kandinsky (cf. Point,ligne,plan.) n'auraient pas quelques affinités avec le grain de sable et le pli leibnizien.

Toujours est-il que nous avons d'une part une conception du pli comme unité singulière, comme charnière entre deux plans successifs, et d'autre part une conception du pli comme modulation, vibration, transition, d'un processus ou d'un continu qui le dépasse. Ou l'on insiste, marque le pas sur la ligne de pliage qui n'est qu'un changement de plan ou l'on insiste sur l'ondulation, l'enroulement, le déroulement des plis qui forme le continuum du vivant ou de l'oeuvre. Pour être plus précis l'oeuvre devient vivante quand ses plis se déplient sous nos yeux pour nous offrir l'émergence d'un espace. Ce que Gilles Deleuze décrit ainsi: « le depli n'est donc pas le contraire du pli, mais suit le pli jusqu'à un autre pli."Particules tournées en plis"et qu'un "effort contraire change et rechange". Il ne s'agit pas d'appliquer stricto sensu le propos de Gilles Deleuze à ce que nous essayons de mener plastiquement mais l'articulation des plans pliés, colorés, projetés tantôt vers l'avant, tantôt « vers l'arrière, suggère un continuum se développant et/ou s'enveloppant. Là se situe peut-être l'effort contraire qui change et rechange, interroge le regard et donne ainsi vie à l'oeuvre.

Le projet implicite de ces toiles avec découpes ( du support) et plans colorés était bien de dépasser le P.O de Kandinsky ( Plan Originel in « Point, ligne,plan » 1926) qui était pour celui-ci le degré 0 de la toile peinte, la condition sine qua non d'un espace pictural. En transformant la toile en une succession de plans pliés ou s'articulant sur des plis, nous offrions.comme une découpe d'espace et de temps infinis, sans origine ni aboutissement. Une démarche ironique en quelque sorte dont Vladimir Jankélévitch avait parfaitement compris qu'elle était un art d'effleurer lorsqu’il est écrivait notamment : « L'ironiste ne veut pas être profond; l'ironiste ne veut pas adhérer, ni peser; mais il touche le pathos d'une tangence infiniment légère, et quasi impondérable,quand il regarde, c'est à la manière d' Erik Satie, "du bout des yeux"...

Jacky Ferrand – Mai 2018
E x p o s i t i o n s p e r s o n n e l l e s
2012 : Factory 49, Sydbney, Australie
2010: Mairie de Saintes
Factory 49, Sydney, Australie
2008 - Lycée Merleau-Ponty, Rochefort sur Mer
2006 - Corderie royale, Rochefort sur Mer
2003 - Espace Encan de La Rochelle
1999 -Atelier Jean Chazy, Paris
1998 -Centre d'Etudes d'Architecture et d'Urbanisme (Université de Houston et
Californie du Sud) ,Saintes
-Librairie Calliope , Saintes

E x p o s i t i o n s c o l l e c t i v e s

2018 7eme Festival Arts Actuels, Citadelle Chateau d'Oléron ( Juin)
"Tondo,tondi" , Galerie Abstract Project – Paris ( Juin)
"1/3 Vibrations", Galerie Abstract Project, Paris (février-mars)

2017 : « Developing structures » avec Jan Handel, Galerie Abstract Project, Paris
2016 : 70 ans Réalités Nouvelles, galerie Abstract Project, 75 011, Paris
Rythme & Géométrie, Couvent des Cordeliers, Chateauroux
« Prix des Mouettes » Conseil Départemental de Charente-Maritime ( 17 )
2014 : Réalités Nouvelles Hors les Murs, Paris/Pekin
2010: Réalités Nouvelles, Parc des expositions, Vincennes
2009: Réalités Nouvelles, Parc des expositions, Vincennes
2007 - Musée d'art construit Satoru Sato, Tome, Japon
-Salon des Réalités Nouvelles, Parc Floral, Vincennes
-Abstraction géométrique, château de Tours
-Territoires abstraits, Les Moulins de Villancourt, Grenoble
- Prix des Mouettes, Conseil général 17,La Rochelle
2006 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
- Netz Toyota, Sendaï, Japon
2005 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
2004 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
- C.E.A.U de Saintes, "Entre-deux" avec Henri Prosi
2003 -Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
2002 - Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-"Diptyques ( et confidences...)" , C.E.A.U de Saintes
2001 -Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Salon d'Art Contemporain ,Albigny-sur- Saone
-Palais des Congrès , Royan, Biennale d'Art Construit
-Maison de la Charente-Maritime, La Rochelle, Prix des Mouettes
-ENSBA Paris, Grands et Jeunes d'Aujourd'hui
2000 -Espace Eiffel / Branly, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Mondriaanhuis, Amersfoort, Pays-Bas, Mondiale Echo's
1999 -Espace Eiffel/Branly, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Fresnes ,« Fresnes Art Espace »,salon de Juin,
-Palais des Congrès, Royan, « Concret / construit »,
1998 -Eglises de Thaims, Villars-en-Pons, Rioux et Rétaud (17)
Textes de:

Gérard Adde,
Les tâtonnements de l'effusion

Claude Margat,
Le mécanisme vertical
Où pense l'espace
Le sens muet du regard
Le présent conjugué

Denis Montebello,
La peinture en question(s)

Michel Nédélec,
Le regard fait signe la trace qui s'hallucine
Rêve d'infini
Actes d'un plasticien

Pierre Chastaing,
Incerto tempore, incertis locis

Philippe Guiot,
Jacky Ferrand, 2003


Trois livres d'artiste:

-Quinto en 1997

-Gris pregnant: Six approches sérigraphiques, légèrement craquelées en 1997

-Douze contributions sérigraphiques à une peinture pour voir en 1998
Ces deux derniers livres ont été réalisés avec la complicité de Jean-Louis Gatineau.