GOUDET Michel

Sculpture
Nationalité :France
101, rue des Roux
94240 L'Haÿ-les-Roses
Tél. 01 49 73 10 55
michelgoudet@free.fr
http://www.michel.goudet.free.fr

Qu'onques - Cafecalite sur structure en carton 55x41x51

Très vite le carton s'est imposé comme un matériau privilégié pour
la réalisation de mes sculptures.
D'abord parce qu'il possède la propriété de se situer à mi-chemin
entre deux éléments : le papier ( sur lequel on écrit, on dessine et
que l'on peut plier facilement ) et le bois ( rigide et solide ).
Ensuite parce que, en le pliant, en le tordant, on peut changer de
dimension, passer d'une surface plane à un volume complexe.
Donc du monde de la représentation en deux dimensions à
celui de l'objet en trois dimensions.

Et puis très vite les gestes s'amplifient, on le tord, le déchire,
l'agrafe, le colle, le déchire à nouveau, le tord encore et encore
dans un corps-à-corps agressif ou amoureux, un corps-à-corps
si intime qu'à un moment œuvre et artiste se confondent.
À la fin de l'étreinte la séparation ressemble à l'accouchement
d'un autre soi-même, ou plutôt au squelette d'un autre soi-même
à qui il va falloir donner chair et peau..
Cela c'est le rôle de la patine. Et celle que j'utilise est une cuisine
personnelle que j'ai baptisée « cafécalite » car, à l'origine elle était
réalisée à partir de marc de café, ce qui donnait aux œuvres un
parfum excitant. D'autre part, en séchant la cafécalite se craquèle,
se crevasse, se fendille comme une peau agressée par le temps,
par les événements, et qui garde trace de toutes ses blessures.
Enfin ces sculptures présentent toujours des ouvertures par lesquelles
on peut en voir l'intérieur, ouvertures qui rappellent sans doute qu'un
corps n'est pas qu'une surface, qu'il contient en lui un univers. On peut
alors laisser l'esprit circuler dans cet espace intérieur, à moins que
l'on ne préfère imaginer pouvoir s'y lover comme dans un ventre maternel.

Même si tout évoque une appartenance au registre du corps ou de l'organe
le résultat n'en reste pas moins un objet avec toutes les qualités de l'objet,
et notamment celle de pouvoir évoquer d'autres objets de notre quotidien.
Ajoutons enfin que les patines utilisées rendent difficile de savoir
précisément de quel matériau les sculptures sont faites, et l'on comprendra
que l'on est inévitablement plongé dans un trouble, un questionnement
sans réponse, car, en fait, tout cela nous oblige à nous situer dans un
entre-deux inconfortable, entre intérieur et extérieur, entre corps et objet,
entre étranger et familier.

Cette dimension d'entre-deux je l'ai explorée d'une façon plus systématique
( ouvrant même sur un développement théorique ) à travers mes nombreux
collages, notamment ceux réunis dans la série « Corps Coupu Corps Cousu ».
Et peut-être même que, avant le collage, c'est l'acte qui le précède,
le découpage, qui peut plus fertilement soutenir notre réflexion.

Le collage consiste à détacher des morceaux d'un tout pour les intégrer
à un nouvel ensemble. Mais, si les fragments prélevés gardent leurs
propriétés plastiques premières, ils vont créer un objet original qui, lui,
n'a aucun lien avec celui dont les morceaux ont été extraits.
Cela peut évoquer l'explosion nucléaire qui atomise les êtres et les
choses, ou l'éclatement psychotique qui pulvérise le Moi.
Après le drame il faut reconstruire, rassembler les éclats, les bouts
épars à la manière du bon Docteur Frankenstein pour tenter de recréer
un nouvel être, un nouveau monde ( au risque de donner naissance à
un monstre ).
C'est là que se situe la raison d'être du délire psychotique :
reconstruire à tout prix un autre monde, un autre soi-même
pour ne pas être confronté plus longtemps au néant.
( Et que fait la société actuelle si ce n'est cela ? ).

En me focalisant sur le découpage j'ai voulu fixer ce moment
où le morceau, le fragment se trouve entre deux univers,
se comportant comme l'électron libre qui erre, s'agite sans fin
car il n'a pas intégré une orbite stable.
De même qu'il faut des conditions particulières pour arracher
un électron à son orbite, l'extraction de mes découpages obéit
à des règles précises. En l'occurrence il ne s'agit pas de détacher
un membre ou une entité anatomique reconnaissable. Mais, au contraire,
il faut suivre d'autres chemins, ceux-là proposés par les sens,
et non par le sens ( le parcours d'une ombre, un reflet, une moiteur,
l'étendue d'une chair de poule,…).
En agissant ainsi on obtient des morceaux qui ont une unité ( une
unité plastique ), mais qui ne correspondent à aucune réalité
anatomique. Donc, même s'ils « se tiennent » d'un point de vue
plastique, ils restent aberrants du point de vue physique, ne
valent que pour eux-mêmes, n'entrent dans aucune catégorie
existante, ne créent aucun lien logique avec d'autres fragments.

En fait le découpage ainsi obtenu ne figure rien de connu et
donc on ne peut prétendre qu'il appartienne
au registre du figuratif.
Mais comme il a gardé certaines références ( qui permettent
notamment de constater qu'il s'agit d'un morceau de corps )
on ne peut pas considérer que nous nous trouvions dans
le domaine du non-figuratif.
Ainsi l'on serait en présence d'une réalisation ni figurative
ni non-figurative. Une aberration, ou plutôt une folie.

Et c'est sans doute cela que ce travail sur le découpage explore :
Une représentation de la folie.
Non pas une représentation du fou ou de quelqu'un saisi par
une crise de folie, mais une représentation de la folie elle-même,
de ses objets, de la perte de la réalité, de la perte de sens qu'elle
occasionne en brisant les liens qui normalement tiennent ensemble
les éléments qui nous constituent.

En cela c'est un travail très contemporain car, nous le savons bien,
nous sommes dans un temps de rupture des liens ; l'on veut
s'affranchir de tout ce qui attache, unit, signe une appartenance ;
l'on s'imagine électron libre, être unique et indépendant.
Mais l'on refuse d'admettre que c'est une porte
grande ouverte sur la folie, voire le néant.
C'est ce que mon travail propose de regarder en face.

Dans le même temps il met en lumière la dimension
d'entre-deux qui est aussi une marque de notre époque ;
nous sommes entre deux ères, entre deux conceptions
du monde, entre deux façons d'appréhender l'humain.
La question restant de savoir de quel côté
l'on va basculer.


Sculpteur, peintre, collagiste, nouvelliste et poète
Autodidacte


EXPOSITIONS PERSONNELLES ( extraits )

Centre d'arts plastiques Albert Chanot ( Clamart )
École de l'Image ( Épinal )
Galerie du Château ( Châteauneuf-en-Auxois )
Galerie municipale « Le Grenier » ( Talant )


EXPOSITIONS COLLECTIVES ( extraits )

Salon du Val-de-Marne ( Créteil )
Salon « Art et Espace » ( Fresnes )
Salon d'art contemporain ( Dammarie-les-Lys )
Salon d'art contemporain (Pré-Saint-Gervais )
Salon d'art contemporain ( Vitry-sur-Seine )
Maison de Artistes ( Charenton )
Association « 13+ » ( Dijon )

Salon « Nouvelle colle » (Paris )
Salon du collage contemporain ( Paris )
Biennale du collage ( Rablay-sur-Layon )
Salon « Livres à voir » ( Arras )


PRÉSENCE DANS PLUSIEURS
COLLECTIONS PERSONNELLES
OUVRAGES ILLUSTRÉS

Livres-objets autour de mes propres poèmes
et de mes contes pour enfants.
Illustrations de recueils de poèmes
( W.H. Auden, C.S. Holland, … )
Albums de collages humoristiques ( Collaramages )

« Michel GOUDET, découpageur et collagiste » ( à paraître )

Ouvrage qui explore la dimension d'entre-deux grâce à un parcours
à travers mes collages et surtout mes découpages.
De nombreuses reproductions de mes œuvres.