RIEDL Hans

Peinture
Né(e) en :1951
Nationalité :France
La Lardie
24340 Champeaux
Tél. 05 53 60 36 18
riedlhw@gmail.com

Cerner - 2008 - Acrylique sur toile 100x100

Hommage à Hans RIEDL

Hans RIEDL - né en Autriche en 1951 - est un de ces artistes qui ont résolument tourné le dos à une
production tantôt tachiste et gestuelle, tantôt figurative et critique, comme nous en a tant présenté la
fin du XXe siècle (et à laquelle il a d'ailleurs participé), pour se consacrer, vers le milieu des années
80, à un travail qui relève du courant "concret et construit" - selon une expression déjà lue - ou, plus
généralement, de la non-figuration géométrique.

Les termes "courant concret et construit", tout d'abord, appellent une remarque. La dénomination «Art concret» évoque ce mouvement animé principalement par Max Bill, Richard Paul Lohse, Verena Loewensberg, Camille Graeser dès 1930, après le lancement du manifeste fondateur en avril de cette même année à Paris, sous les signatures de Théo Van Doesburg (qui disparaîtra l'année suivante), O.G. Carlsund, J. Hélion, L. Tutundjian, W. Shwab, etc... On sait que, selon M. Bill, les principaux critères sont: le concept intellectuel de l'œuvre d'art, qui est l'aboutissement de divers calculs, l'autosuffisance de I'oeuvre qui ne donne à voir qu'elle-même, la recherche d'un langage universel basé sur des éléments simples, avec un programme préétabli et un processus technique fixe, le refus de tout élément subjectif, etc. . .

Ces principes exigent réflexion et objectivité, voire froideur, avec pour but avoué l'absolu contrôle de toutes les phases de l'œuvre par l'artiste. Ils rompent - encore une fois - les liens qui, au XXe,
pouvaient rattacher la peinture, c'est-à-dire le plan (recouvert de couleurs et de formes dans un
certain ordre assemblées) à la re-présentation, à la mimesis de la réalité extérieure, dite objective, et
proposent une nouvelle esthétique, impersonnelle, mathématique, vérifiable, et ce en 1930, c'est-à-
dire quand le cubisme vit ses dernières années, sombrant dans le classicisme et le décoratif, quand
Mondrian, Kandinsky ont déjà jeté depuis longtemps les bases de leurs systèmes.

Le deuxième terme me semble ambigu: toute œuvre - quelle qu'elle soit - n'est-elle pas construite, ne
comporte-t-elle pas en soi son propre schéma qui lui assure équilibre, rythme, harmonie. . . ? Peu
importe d'ailleurs que cette construction, si l'on est "idéaliste" ou "matérialiste", préexiste à l'œuvre ou s'élabore en même temps que celle-ci, qu'elle relève de l'application d'un schéma donné ou de la
seule intuition (l'improvisation ou la modification seraient-elles donc si préjudiciables ?). Toutefois,
l'essentiel réside dans le fait que ce schéma constructeur, ou plus précisément organisationnel (en
admettant que le chaos soit un aspect d'une certaine organisation), est un des critères pour décider
d'une œuvre consciemment créée et revendiquée comme telle. En ce sens, elle s'oppose à l'arbitraire
(encore que celui-ci puisse très bien déterminer, engendrer des œuvre ou des attitudes artistiques,
etc...), et s'avère être un des lieux fondateurs du fait plastique en tant que tel. Sans doute pourrions-
nous même dire que cette tendance est tellement enracinée en l'être humain, que nous ne percevons
le monde que s'il est cohérent, et que lui donner un sens, le rendre compréhensible, c'est lui donner
ou déceler en lui une structure organisée, vérifiable: du chaos au cosmos. Cette mise en forme,
basée sur la norme, le calcul, a, certes, été pratiquée depuis des siècles par quasiment toutes les
cultures... W. Worringer nous l'a dit déjà en 1908 dans "Abstraktion und Einfühlung", et les Grecs
jusqu'à Platon ne firent-ils pas de la mesure un de leur plus constant leit-motiv ?

Mais aujourd'hui, alors que tout, aux yeux d'un observateur peu vigilant, semblerait dit depuis
longtemps, il m'apparaît que non seulement les problèmes plastiques posés par la géométrie sont loin
d'être résolus, mais qu'un nouveau souffle anime de nombreux artistes. Hans Riedl est de ceux-là.
Parti d'un réalisme critique au début des années 80, il a repris plusieurs principes de l'art construit, qui appartient désormais à l'histoire, leur a redonné vie en les associant à certains concepts peut-être
sous-estimés jusqu'à présent. En effet, le travail de Hans Riedl repose d'abord sur une combinatoire
d'éléments simples: la toile est carrée dans ses dernières œuvre, elle est constituée de rectangles
(c'est-à-dire de carrés -l'unité de construction - juxtaposés), de carrés, d'équerres, dont le nombre est
préétabli. Les couleurs, elles, sont au nombre de huit: blanc, jaune, orange, rouge, vert, bleu, violet,
noir, du plus clair au plus sombre, chaudes et froides étant à parité. Chaque forme, chaque couleur a
son poids, son impact, peut-être même sa forme privilégiée si l'on en croit Kandinsky. Mais ici, point de triangle, ni de cercle, sauf tout récemment sur une toile carrée (et peut-être assistons-nous à la naissance d'une nouvelle problématique ?) : nous sommes dans le domaine du quadrangulaire et de l'angle droit. Hans Riedl n'introduit nulle torsion, nulle diagonale, ni courbe qui pourrait suggérer une séduction, une élégance totalement contradictoires. Nous sommes dans le domaine du jeu, et plus précisément de "l'agôn", dans la classification de R. Caillois. : jeu des formes, des huit couleurs, aux harmonies, aux combinaisons nombreuses mais non pas infinies. Et dans tout jeu contrebalançant une certaine dose d'aléatoire, d'imprédictible, les règles sont présentes, presque invisibles par leur évidence, leur simplicité même: une combinaison de formes, de couleurs qui se donnent à regarder, qui ne disent rien de plus que ce qu'elles sont.

Et c'est là sans doute que réside la force de Hans Riedl. Cette présentation d'éléments identifiables
dès le premier coup d'œil (ceci est un carré rouge, un rectangle ou plutôt des carrés juxtaposés
oranges, une équerre verte, elle aussi composée de carrés), et persistants, s'affirme dans sa simple
évidence mais, en même temps, par l'action de permutations, de rotations, chaque forme se dilate, ou
diminue, d'une manière imprévisible, en réalité rigoureusement logique. Cette logique toute interne est à mi chemin entre la spontanéité, l'impulsion créatrice, sans programme a priori, et le dogmatisme répétitif et stérile, car elle affirme des formes élémentaires et des couleurs déterminées comme combinatoire, unique, ludique, repérable. Et, en même temps, elle refuse le déterminisme qui fournirait des peintures sans cesse identiques, fermées, énonçant leur loi de composition comme
autant de théorèmes plastiques indiscutables. Or, rien ne prouve que l'application systématique d'un
axiome, ou d'une formule mathématique, engendre à tout coup des œuvres d'art. Ce serait là faire
preuve d'une certaine naïveté mal venue. Au contraire, nous assistons à une sorte de "tangram", qui
affirme sa propre simplicité et ses multiples variations, plastiques, musicales, sensuelles. Et celles-ci
sont soumises au choix final de l'artiste qui décide de garder ou non tel ou tel schéma, en fonction des règles initiales, mais aussi selon son propre goût, son intuition, et d'autres éléments subjectifs, plus ou moins conscients, plus ou moins énoncés. . .

La peinture géométrique de Hans Riedl, on le constate, nous questionne, sans être énigmatique. Elle
compose des ensembles, des séries aux multiples échos intérieurs, où les combinaisons des formes,
des tons, se développent en évitant les écueils de la répétition, de l'exhaustivité à tout prix. Au
contraire, par ses variations, ses divers plans chromatiques, elle nous transmet des tonalités, des
saveurs, des sonorités, des lumières, des obscurités bien spécifiques, qui font que notre imagination,
notre sensibilité, notre sensualité sont constamment effleurées et sollicitées, tandis que notre intellect trouve son content dans les rotations, les transmutations, les déplacements d'une géométrie sereine et vivante. Les œuvres de Hans Riedl puisent ses origines dans l'Art Concret suisse, font preuve d'une grande force, d'une puissante originalité qui renouvelle un propos péremptoire, parfois englué dans une rigidité mortifère. Hans Riedl, à partir de quelques éléments simples, indiqués, nous montre que la géométrie, à sa façon, parle aussi à nos sens, et sait nous faire rêver: un savoureux paradoxe, une vieille vérité qu'il nous faut réexaminer ?

Bernard FAUCHILLE
Directeur des Musées de Montbéliard
27 Juillet 2001
Hans Wolfgang Riedl est né en Autriche en 1951. Il a d'abord fait des études de dessins de mobilier à Mödling près de Vienne. En 1973 il acquiert la nationalité française et continue des études à l'école des beaux-arts de Paris, les premiers travaux étaient des dessins académiques, des gravures, monotypes et suivirent plusieurs années de peinture narrative. En 1984 il s'est établi en Dordogne et depuis lors sa peinture est abstraite, plus spécifiquement, elle est une mise en oeuvre des constructions utilisant des procédures et des éléments.