HEIDELBERGER Liliane

Sculpture
Né(e) en :1935
Nationalité :France
52A, rue des Sept-Arpents
L1139 Luxembourg
Tél. 00 352 42 02 58
heidelb@pt.lu

Thulé - 2015 - Taille directe 22x35x29

Stèles et strates
(la sculpture investigatrice de Liliane Heidelberger)


Tapak, Toumaï, Maskal …tels noms résonnent de leur aura exotique, et d'autres viennent allonger encore la procession remontée de quelles époques révolues ou arrivée jusqu'à nous de quels pays lointains. Il existe cette première caractéristique de la sculpture de Liliane Heidelberger : un enracinement double, une origine qui lui est fortement inscrite. Dans le temps comme dans l'espace.

On sait le goût de l'artiste pour les voyages, les grandes randonnées. Sa sculpture en porte les marques, telles qu'elles se sont gravées, traces indélébiles, dans la mémoire, telles qu'elles peuvent alors passer dans un matériau. Travail de transformation, de création d'une véritable poétique, à la Bachelard, où nature (immémoriale) et architecture (de civilisations déterrées) se rejoignent, ravivées, ressuscitées.

Voici en effet l'autre caractéristique de cette sculpture, et son saisissant paradoxe : elle s'avère, s'impose de notre temps, de façon indiscutable. Et pour le moment il suffira de souligner un seul trait pour en convaincre ; cette sculpture fait participer notre regard à son existence même, au processus de celle-ci. On voit alors comment les deux caractéristiques vont ensemble, orientations qui se renforcent l'une l'autre. L'aura n'est plus comme une enveloppe qui met à distance, qui éloigne, non, elle est présente, immédiate.

Les stèles abondent dans la sculpture de Liliane Heidelberger. Jadis, ces bornes délimitaient des champs, ces monuments monolithes rappelaient des morts. Autant de jalons, aujourd'hui, qui, à défaut de servir plus précisément, symboliquement, continuent à se dresser pour déterminer, pour marquer. Des repères dans l'espace, où l'œil du marcheur trouve à se fixer, où sa silhouette trouve son répondant dans une horizontalité qui, infinie, inquiéterait.

Les stèles de Liliane Heidelberger continuent certes à explorer l'espace. Elles ne portent plus d'autre inscription que la marque laissée par les outils. Ce qui irait trop dans le sens de la décoration en est absent, rejeté; la pierre donne ouvertement son caractère brut, la main humaine est juste intervenue pour tantôt l'accentuer, tantôt lui donner ce que l'on appellerait ailleurs du contrepoint. Des stries par exemple viennent animer la surface, interrompre un élancement, accentuer au contraire une saillie.

La sculpture, de la façon la plus générale, est représentation, ou suggestion, dans l'espace. Toutefois, il ne s'agit pas seulement de l'objet lui-même, il s'agit aussi de l'espace autour qui en est organisé, structuré, aimanté ou repoussé. Et dans telles œuvres de Liliane Heidelberger, c'est l'espace dans la sculpture, celui qu'elle recouvre, l'espace qu'elle cache, enfouit en quelque sorte, qui importe le plus. Toujours en pensant à Bachelard, le creux nous suggère l'image d'une caverne, l'intérieur est celui d'une cabane, d'une habitation. Et l'investigation se fait dès lors plus secrète, sans doute plus intense aussi.

La sculpture connaît deux mouvements contraires. D'un bloc donné, il faut enlever pour arriver à une forme déterminée; on procède par soustraction, on retire. Ou alors, dans l'argile par exemple, ou dans une autre substance, molle de préférence, on façonne, on modèle. Telles œuvres de Liliane Heidelberger combinent les deux, quand elle commence par découper, pour réunir ensuite, des fois proprement agglutiner. Ce qui était annoncé ou suggéré par les stries devient évident dans les strates. Et les sculptures, ainsi faites de couches de matériau, de prendre un aspect géologique.

C'est là où le temps intervient, comme s'il était l'agent majeur des formations, qui tantôt restent liées aux accidents de la nature, tantôt évoquent de bien hardies constructions. Des tours se dressent, complexes et composites, comme des ravins s'ouvrent, des glaciers avec leurs cassures.


Tout ce qui précède fait comprendre la profonde unité qui régit cet art. Il n'en est pas moins multiple et divers, et sa variété tient en premier aux matériaux utilisés qui n'ont jamais été aussi nombreux et contrastés. Pour aller de suite aux extrêmes, d'un côté le bronze, la lave, donc une noblesse certaine, et de la dureté et de la rudesse, de l'autre le carton, qu'on prend normalement pour des usages plus simples, employé plus communément. Mais quelque soit le matériau, Liliane Heidelberger sait jouer de ses qualités propres, en tirer le meilleur parti.

Marbre, granit, ardoise, et j'en passe, notre œil les effleure, les touche, le voici qui glisse, est d'un coup arrêté, s'agrippe de lui-même. Car les oppositions sont là, des parties brutes et des parties travaillées, des parties rugueuses ou lisses, et les effets ne manquent pas de séduire ou de heurter. Pour revenir simplement au carton, les coupures aboutissent à un jeu innombrable de structures, et parallèlement, pareillement, telle lave éclatée, mise en morceaux, révèle une intériorité insoupçonnée.

Il est vrai que l'art de Liliane Heidelberger a ce côté secret, comme un for intérieur qu'il faut pénétrer avec égard. Ses sculptures sont la plupart du temps repliées sur elles-mêmes, à nous de nous en approcher, même là où l'on dirait qu'elles attirent ou surprennent par leur coloriage.

L'espace, le temps… les deux sont toujours de la partie, décisive, finale en l'occurrence, fin de partie si l'on veut, quand le Passeur tient le gouvernail, et le resplendissant marbre blanc a pris la forme allongée de la barque qui coupe les flots d'où l'on ne revient pas. La référence au mythe est indéniable, mais sa traduction est faite pour toucher notre âme ou sensibilité moderne. Une moitié quasi brisée, l'autre parfaite dans son allongement, la sculpture est comme arrêtée momentanément dans son mouvement ; rare moment d'équilibre, riche de tous les possibles, auquel atteint l'art de Liliane Heidelberger. Contraction de l'espace et du temps, qui réunit l'origine et le terme, inclut le mythe et l'utopie.

Lucien Kayser
1935 naissance à Châteauroux (France)
1958 arrivée à Luxembourg

1971 Galerie Bruck, Luxembourg
1971 Communautés européennes, Bruxelles
1974 Galerie d'Art Municipale, Esch/Alzette
1975 Moderne Kunst Tracklhaus, Salzbourg
1976 Galerie La Chapelle, Mondorf
1977 Galerie Charles München, avec Léon Zack, Luxembourg
1978 Miami University Library, Luxembourg
1979 Centre culturel français, avec Yola Reding, Luxembourg
1980 Cour de Justice des Communautés européennes, Luxembourg
1984 Galerie La Cité, Luxembourg
1984 La Galerie, avec Maruri, Paris
1985 Maison Descartes - Institut Français, avec Jeff Diederen Amsterdam
1986 Hôtel de Ville, Châteauroux
1987 Galerie la Cité, avec Hajdu, Miotte et Zack, Luxembourg
1987 Sculpture monumentale, Centre culturel Atert, Bertrange
1988 Maison Mansart, Paris
1990 Maison Mansart, Paris
1991 Galerie La Cité, avec Colette Brunschwig, Luxembourg
1992 L'Atelier, Contern
1993 Théâtre, avec F.Delmas et F.Maas, Esch/Alzette
1994 Maison Mansart, Paris
1995 Sculpture monumentale, Kirchberg, Luxembourg
1996 L'Atelier, Contern
1996 Galerie Castan, Echternach
1997 Galerie La Cité, Luxembourg
1998 Galerie Schlassgoart Esch-sur-Alzette
1998 Maison Mansart, Paris
2000 Steen op Steen, avec Françoise Maas, Preitzerdaul
2001 Galerie "A SPIREN", avec I. Lutz et Y. Reding, Strassen
2001 "Skulpturgarten Sürth", Cologne
2001 Galerie l'Acadie, Cajarc (F)
2003 Trophée pour le concours international de danse, Prix Grande-Duchesse Maria Teresa
2003 Banque Dexia-BIL, Luxembourg
2004 Maison du Luxembourg, Bruxelles
2006 Traverse Mers-les-Bains
2007 Banque de Luxembourg, Luxembourg
-2008 Golfe de Rougement (Belgique)
-2009 Galerie Op der Kap Capellen ( Luxembourg)
-2010 Centre Bonnefoy Toulouse
Fitou (F) Chapelle St-Joseph
-2011 Galerie Garnier-Delaporte Chavignol (F)
Galerie Beim Engel Luxembourg
-2013 Galerie Médiart Luxembourg
-2014 Convict Luxembourg
-2015 Galerie Médiart Luxembourg
Art Week Luxembourg
-2016 Galerie Op der Kap Capellen (Luxembourg)
-2017 Galerie Médiart Luxembourg
Régulièrement, depuis 1976 , participation au Salon Réalités Nouvelles .
Participation régulière au salon du Cercle Artistique Luxembourg


Expositions collectives
Nombreuses expositions de groupe dans divers pays (répertoriées dans la monographie Liliane Heidelberger de Michael Palmer aux ed. Saint-Paul à Luxembourg).
Participation régulière au Salon du Cercle artistique de Luxembourg de 1989 à 2000.
Participation régulière au Salon Réalités Nouvelles, Paris, depuis 1976.

Arte in Lussemburgo dopo il 1945 - Giorgio Agnisoloa
Anthologie des Arts au Luxembourg - Lambert Herr
L'Oeil avril 1986
Le Serment des Horaces N° 5 1990 Paris
Estuaires n° 15 1991 Luxembourg
Carrière n° 15 1991 Luxembourg
Le Monde et le Marché de l'Art au Luxembourg - Entringer 1991
Réflexions n° 8 1992 Luxembourg
Artistes luxembourgeois d'aujourd'hui - E . Vermast 1995
Art contemporain luxembourgeois - Collection BCEE 1995
Art, Culture et Loisirs oct-nov 1997
Monographie : Liliane Heidelberger - auteur Michael Palmer- Photographe M. Medinger -- éditions Saint-Paul - oct.98 - Luxembourg
50 artistes pour un demi-siècle de peinture et de sculpture luxembourgeoise-Collection de la BCEE - nov 98
Luxembourg Sculptures - Photos Robert Theisen - éditions Ilôts – 2001
Catalogue de l'exposition Banque Dexia-BIL 2003 Luxembourg
Visites d'Ateliers Collection mediArt volume 02 - Luxembourg
Articles de presse

Film
Portrait d'artiste: Liliane Heidelberger, film par Geneviève Mersch, distribution SAMSA Luxembourg 1998