HONG Young Hee

Œuvres sur papier
Né(e) en :1964
Nationalité :Corée du Sud
89a, route des romains
67200 Strasbourg
GSM : 06 33 70 32 63
sanayhong@gmail.com
http://yhhong.free.fr/

Les heures - 2014 - papier, peinture acrylique 150x120 (©photo Nicolas Wintz)

Il y a déjà longtemps que j’observe le travail particulièrement original de Young-Hee Hong. Au-delà de la diversité des techniques qu’elle questionne, c’est surtout la remise en question des modalités de son activité qui étonne. Quelques années après son arrivée en Europe, certains critiques français, et non des moindres, se sont penchés sur les différentes étapes de son évolution. Tous ont été frappés par l’audace avec laquelle l’artiste s’emparait des objets, et plus encore, du traitement qu’elle en faisait.

En effet, les objets mis en œuvre, leur captation, ne devait rien au type d’approche qui était celui, par exemple, des Nouveaux Réalistes, pour n’évoquer que ce courant : il n’était pas question de présenter de manière ou d’une autre des objets industrialisés ou de dénoncer les produits de la société consumériste.

Je me souviens notamment d’une sculpture magistrale qui était réalisée dans une très épaisse membrane transparente. Celle-ci était criblée d’une infinité d’aiguilles, chacune montrant à son extrémité un fil de tissu coloré. Ce devait être dans les années 80 ou 90. L’objet, s’agissait-il d’un tableau ou d’une sculpture, se présentait comme un voile, une sorte de paravent majestueux, qui semblait flotter dans l’air sans toucher le sol.

J’insiste sur cet aspect, parce que les œuvres de Young-Hee Hong ont presque toujours ce caractère de légèreté aérienne. En contraste avec la manière occidentale, beaucoup plus massive, de concevoir la sculpture. L’art occidental s’intéresse plutôt à la consistance des choses, à leur substance, alors que la manière gracieuse des œuvres de Young-Hee Hong parait toujours échapper à toute espèce d’épaisseur. Elle ignore la pesanteur. Il y a, dans chacune de ses œuvres, quelque chose d’une fraîcheur caractéristique des arts d’extrême orient.

Il me semble qu’il est possible de relier les points qui se trouvaient sur la membrane transparente à ces innombrables points de vue que nous observons aujourd’hui sur chacune des œuvres présentées. À l’époque, il s’agissait de traverser (même avec la finesse d’une aiguille) une membrane presque invisible (un peu comme s’il s’agissait de traverser frauduleusement une frontière). On peut penser à celle qui sépare la Corée du Sud et la Corée du Nord.

Percer le visible pour atteindre une dimension autre ? Mais de quelle visibilité s’agit-il lorsqu’on parle d’une frontière ?

Aujourd’hui, avec la même détermination, il s’agit de faire le point par rapport à ce qui, insidieusement, nous assaille. Je veux parler de la pression médiatique, pression très puissante, qui nous oblige, soit à croire en tout ce que la société envoie (à travers la publicité, les idéologies), soit à douter de tout. Comment réagir ? Comment trouver son équilibre face à un conditionnement omniprésent et incessant ? C’est à cette question que répond à sa manière, par le travail, Young-Hee Hong.
Elle nous invite avec tact et légèreté à suivre ses mises au point. Elle nous incite, par le regard à examiner avec attention à relativiser, à évaluer, à estimer, à exercer notre esprit critique ; bref, elle nous appelle à nous concentrer afin de conserver notre lucidité, sauver notre jugement personnel et accroître notre conscience.

Cet effort intellectuel et moral, l’artiste le réalise physiquement. Avec son pinceau, sa main, avec son bras, avec toute sa concentration mentale, avec tout son être. Point après point, goutte après goutte, tous ces points ponctuent un instant de création qui s’étale dans l’espace de ses œuvres. Ils se superposaient d’abord à des images préexistantes, les points s’appliquaient sur des affiches, des photos, des images extraites d’Internet, mais entre temps, ces mêmes points de vue se sont progressivement affranchis de ces images, qui assaillent notre imaginaire et nous perturbent. Dans un processus d’évolution somme toute assez logique, les points de peinture se sont affranchis, ils flottent librement dans l’absolu, dans un vide qu’ils ont réussi à conquérir. Chaque point s’énonce alors avec sa discrète force. Certaines de ces œuvres s’intitulent par exemple « L’Ombre du Temps », et, de fait, on ne peut imaginer de meilleure incarnation du temps qui, à la fois s’écoule progressivement goutte après goutte, et demeure à la fois dans un absolu qui n’autre catégorie que lui-même.

Chaque point, chaque goutte de peinture délicatement posée par un fin pinceau, correspond à un instant précis et renvoie au point suivant, avec chaque fois un peu moins de matière (jusqu’à son extinction ?). Mais, nous en avons fait l’expérience, le temps, lui, n’a pas de fin.

Ce travail, d’une beauté bouleversante, résonne en nous de manière légère et infinie.


Claude Rossignol. 2014
1964 Née Kang Won Do, Corée du Sud.
1991 Diplôme Maîtrise en Arts Plastiques à l'université féminine de Sung-Shin, Séoul.
1991 Arrivée à Lyon.
1995 Diplôme à l'Ecole Supérieurs des Arts Décoratifs de Strasbourg.
1996 Première exposition personnelle en France, Galerie Rhapaël Picard, Strasbourg.
1998 Diplôme D.E.A, Arts plastiques à l'Université Sciences Humaines et Sociales de Strasbourg.
2004 PhD, Art et Histoire à l’université Marc Bloch de Strasbourg.
2007 Résidence au Goyang-National Art Studio du Musée National d'Art Contemporain de Séoul.
2008 Résidence au fort de Tournoux.
2009 Résidence à l’institut français de Stuttgart.
Vit et travail entre Paris et Strasbourg
Site web : http:// yhhong.free.fr
E-mail : sanayhong@gmail.com
Mobil : 0633703263

Sélection d’expositions personnelles
2017 « Un point c’est tout » : Eglise st-Jean Saverne, France.
2016 « Construire le vide » : Galerie Tokonoma, Paris, France.
2014 « Faire le point » : Galerie Cascade Art Space, Kehl, Allemagne.
2010 « L’Archéologie de l’ordinaire » : Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporain de Strasbourg, France.
2009 « Blanchiment » : Institut français de Stuttgart, Allemagne.
2003 « Soc’art »: Wantzenau Golf Club de Strasbourg, France.
2002 « Paysage/dépaysage » : Ferme bleue d’Hanau à Uttenhoffen. France.
« Couleurs concertants » : Galerie Espace Suisse, Strasbourg, France.
«Wanted I »: Galerie Art-Tendance, Kehl, Allemagne.
«Wanted II »: Laboratoire Uterlinden, Colmar, France.
1998 « Organisation sylvestre » : Hôtel Sofitel, Strasbourg, France.
1997 « Fragments » : Galerie Raphaël Picard, Strasbourg, France.
1996 « Les peaux » : Galerie Raphaël Picard, Strasbourg, France.

Sélection d’expositions collectives / Contemporary Art Fair
2017 « Les Chevaliers de l’art » : La Grange aux dîmes, Commanderie des Templiers - Coulommiers. France.
2016 « Regard croisés » : Galerie Akié Arich, Paris, France.
2015 « Bastion commun » : Barrage Vauban, Strasbourg, France.
2014 « Winter Collections » : Galerie Cascade Art-Space, Kehl, Allemagne.
2013 « St’Art » : Foire d’art contemporain de Strasbourg, France.
2012 « St’Art » : Foire d’art contemporain de Strasbourg, France.
2011 « Hiver » : Galerie Cascade Art-Space, Kehl, Allemagne.
2010 « Arkhaiologia » : Centre PasquArt Kunsthaus, Bienne, Suisse.
2008 « Perroquet ce jour là »: In Situ, Fort de Tournoux, vallée d’Ubaye, France.
2008 « Imaginaires » : Jardin Im Oberfeld, Cleebourg, France.
2007 « Open Studio 3 » : Goyang National Arts studio, Corée du Sud.
2005 « 2ème Biennale de la sculpture à Schiltigheim » : Hôtel de ville de Schiltigheim, France.
2004 « Séoul –Paris - Strasbourg » : Centre culturel coréen de Paris. France.
2000 « Entrevue » : Galerie Hors Lieux, Strasbourg, France.
Salon «Grands et jeunes d’aujourd’hui » : Espace Eiffel Branly, Paris. France.
« La vérité » : commissaire de l'exposition Ben Vautier, Galerie Hors Lieux, Strasbourg, France.
« Triangle d'art » : Breil, Castillon, Sainte-Agnes, Nice, France.