Arts et sciences


Jean-Marc Chomaz,
directeur de recherche au CNRS
et professeur à l’Ecole polytechnique,
Laurent Karst,
architecte designer et professeur à l’ENSA Dijon,
en collaboration avec
Vittorio Carradore, ESSS, Augustin Viard
et Gaétan Lerisson

ESPACES INTANGIBLES - INTANGIBLE SPACES

Exposition Art & Sciences pour le 71e Salon Réalités Nouvelles
animée par le groupe Labofactory,
collectif d’artistes fondé en 2005 par Jean-Marc Chomaz,
Laurent Karst et François-Eudes Chanfrault

 

Intangible Spaces regroupe trois installations, Sound Stream, Black Out et Vortex Line, issues de travaux du groupe Labofactory en collaboration avec des étudiants en beaux-arts de l’ENSA Dijon et des doctorants scientifiques de l’Ecole polytechnique, de l’Université Paris-Saclay et de l’Université Paris Sciences et Lettres, travaux réalisés dans le cadre des workshops de 2016 et 2017.

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SOUND STREAM


de LABOFACTORY – Laurent KARST, Jean-Marc CHOMAZ – création sonore : ESSS et Augustin Viard

L’espace est plongé dans l’obscurité, un grand monolithe noir en occupe le centre. Surmonté d’un prisme d’eau et de lumière, il émet des vibrations sonores et lumineuses qui irradient le mur qui lui fait face. Des volutes de lumière s’échappent, se tordent et se déplacent, comme construites puis déstructurées par les sons diffusés par le grand prisme noir. A mesure que l’espace sonore prend possession de la pièce, les ondes s’animent, décrivent des formes organiques, liquides et mouvantes, qui se déploient avec la musique, insaisissables et fluides. La partition sonore et lumineuse qui active ces formes est composée pour produire une suite d’accélérations et d’accalmies. Comme s’ils étaient le reflet d’un univers aux dimensions trop élevées pour se déployer dans notre espace-temps, les faisceaux de lumière décrivent d’innombrables lignes superposées qui se font et se défont, créant l’illusion d’une surprenante profondeur.

Sound Stream retranscrit la matérialité des milieux, océans ou éther, avec un principe de réflexion optique de lumière similaire à celui du soleil qui, vu de l’intérieur du milieu marin, semble en déchirer la surface en gerbes de rayons. L’observation de la surface depuis le liquide pose la question de la limite de cet espace d’eau, de sa singularité. Comment ces limites peuvent se briser, se déplacer dans un espace plus grand, un espace immersif capable de faire éprouver physiquement les vibrations du milieu.

Les ondes produites ne sont pas maîtrisables, bien que commandées par un algorithme numérique sophistiqué. Leur mouvement et leur déplacement créent leur propre principe de propagation. Ce chaos déterministe qui semble doté de son propre vouloir, d’une capacité à s’auto-générer, transpose notre relation avec notre environnement proche ou lointain et interroge notre relative maîtrise ou interaction.

Il y a dans Sound Stream une démultiplication de la perception, une immersion presque corporelle dans un espace lumineux et sonore dont le mouvement entraîne le spectateur dans le déploiement d’un espace-temps infiniment froissé, déstructuré.

LABOFACTORY – Laurent KARST, Jean-Marc CHOMAZ, ESSS et Augustin Viard, Sound Stream, 2017,
installation © Labofactory - Olivier Buhagiar
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BLACK OUT


de LABOFACTORY – Jean-Marc CHOMAZ, Laurent KARST et Gaétan LERISSON

Une lumière sombre nous attire dans cet espace. Dans un cylindre lumineux, au centre de la pièce, deux couches se détachent, deux milieux superposés, l’un cristallin, l’autre noir, insondable et inerte. Ces deux matières sont traversées au centre par une pièce de métal torsadée, extrêmement brillante, qui tourne sur elle-même et renvoie des éclats de lumière. Bien que cette agitation semble parfaitement réglée, continue, dotée d’une rotation extrêmement stable presque entêtante, le mouvement ne produit aucune transformation, aucun courant, aucune migration d’un milieu à l’autre. Le contraste entre la rotation obstinée de la spirale métallique et l’immobilité des couches qui semble immuable est saisissant, il questionne leur matérialité même.

Black Out représente l’impossibilité de deux milieux en contact à dialoguer : l’un cristallin presque invisible, l’autre sombre, impassible. Même traversés d’une sorte de vis sans fin, en rotation, ils refusent le mouvement, le mélange.

Est-ce une atmosphère, une pollution obscure, insensible à l’agitation du vent ou bien encore ces espaces intangibles, ces espaces vides dont les astronomes entrevoient l’existence par leur effet à distance, ces matières inconnues, ces énergies absentes qu’ils qualifient de noir à défaut de savoir les nommer ?

LABOFACTORY – Jean-Marc CHOMAZ, Laurent KARST, Gaétan LERISSON, Black Out, 2017, installation © Labofactory - Olivier Buhagiar

 

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VORTEX LINE


de LABOFACTORY – Vittorio CARRADORE, Laurent KARST et Jean-Marc CHOMAZ

LABOFACTORY – Vittorio Carradore, Laurent Karst, Jean-Marc Chomaz, Vortex Line, 2017, installation © Labofactory - Olivier Buhagiar

Tout autour de la pièce sont projetées des images de brumes traversées en leur milieu par une ligne horizontale, comme si les murs étaient constitués de brouillard légèrement en mouvement. Au centre de l’espace, un bassin rempli d’eau est installé à hauteur de regard. A la surface, une épaisse couche de brume blanche, lumineuse, se déplace lentement. La brume est traversée au centre par une corde tendue. Toutes les 20 secondes on entend une note de musique évoquant le son hésitant d’un shamisen japonais. La corde vibre et apparaît le long de celle-ci, une série de stries et de cavités, des empreintes façonnées par la vibration dans la brume.

A cet instant précis les murs de la pièce se mettent à trembler depuis le trait central qui en définissait l’horizon. Ils se déforment et l’image de la brume est impactée par la vibration de la ligne centrale. Le phénomène ondulatoire semble se reproduire avec un léger décalage temporel entre le bassin de brume et les limites de l’espace.

Est-ce réel ? L’espace-temps est-il en train de se distordre ? La vibration de la corde au centre se propage-t-elle jusqu’à impacter les parois de la pièce ? Vortex Line joue avec cette illusion, propose des sensations renouvelées dans une séquence temporelle répétitive, d’un espace qui se déstructure et se recompose autour de l’oscillation visuelle et sonore de la corde.

Vortex Line produit un environnement immersif singulier, un espace déplié presque intangible constitué de brume et de lumière, où intérieur et extérieur se confondent. La matérialité de la brume est d’abord exprimée au centre de l’espace par une mer de nuage miniature sur-éclairée, image en mouvement surexposée, reprise en projection sur les quatre parois verticales de la pièce.


 
   
Joël TROLLIETSophie LAVINEMichelle WINCKLERCharles BÉZIEFrançoise BLONDELFrançois HUSSONBarbara BOKOTA-TOMALAValentin Arthur DUBOISLaurent VERRIERCatherine GAILLARD-REMONTETJean NAVAILHRoland ORÉPÜKGenève  COTTÉFernando LEÓN-GUIUClaire de CHAVAGNAC-BRUGNON