FERRAND Jacky

Peinture
Né(e) en :1958
Nationalité :France
7, place des Récollets
17100 Saintes
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« les plans de Dédale / Dedalus plans (1)» - 2017 - Acrylique sur toile marouflée sur bois 100x100

Les plans de Dédale / Dédalus plans

La peinture qui est basée sur une mesure simultanée de l'espace en plan, procède par la juxtaposition des couleurs rayonnantes, mobiles et immobiles, du sombre au clair, du clair au sombre, à des mouvements successifs contre l'espace, verticalement, horizontalement, oblique-ment, circulairement, en avant, en profondeur, qui permettent une vision spirituelle du temps.
Auguste Herbin(1)

La légende antique fait de Dédale l'inventeur de l'architecture et de la sculpture. Un de ses parents ; Eucheir de Corinthe ou Euchiros, selon Socrate(2) était considéré comme l'inventeur de la peinture. Une famille creuset des beaux-arts en somme. Les plans de Dédale furent bien sûr ses plans d'architecte, mais étant également un homme de la mètis(3), inventeur d'innovations technologiques telles que le vilebrequin ou le perpendiculum (ce que nous appelons un niveau). A ce titre il fût le créateur de subterfuges divers pour tromper certains tyrans de l'antiquité tel Minos. Il sut élaborer des plans pour les tromper et déjouer leurs pouvoirs. L'un des plus célèbres fût certainement celui qu'il mit au point pour s'échapper avec son fils Icare du labyrinthe qu'il avait lui-même conçu. Il fabriqua des ailes pour lui et son fils afin de s'envoler et s'extraire du labyrinthe en passant d'un plan horizontal à un plan vertical. Mais cette verticalité devait être mesurée et adoucie afin d'éviter un proximité du soleil qui ferait fondre la colle des ailes et assurerait une chute certaine. Ce que ne fit Icare. Un plan oblique, biaisé, plus subtil s'imposait, ce plan là, encore, Dédale sut le trouver et l'emprunter.

Dans ce mythe dédalien s’énonce les enjeux de la création abstraite ; capable de capturer comme de libérer le regard. Dans la toile exposée cette année au salon, le labyrinthe comme les rapports colorés capturent l'oeil mais lui donne également le moyen de décoller de la surface peinte en suggérant des effets de perspective inversée qui le mettent à distance, l'incite à prendre du recul, pour s'immerger de nouveau ailleurs et d'ailleurs, à droite, à gauche, en haut, en bas, au centre, de plus près, de plus loin, de côté...

Ce dispositif s'appuie sur des moyens simples et rudimentaires, hérités entre autre des intarsiatori ( marqueteurs) du Quattrocento comme nous le rappelle si bien André Chastel dans un texte de 1953 (4), qui en fait les artisans contemporains, inventeurs de la perspective. Il écrit, ainsi : « L 'autorité des perspectives brunelleschiennes venait de la structure clairement intelligible qu'elles conféraient à l'espace ; elles apportaient en même temps une méthode de construction pratique. L'armature simple des orthogonales et des lignes de fuite convergentes déterminait par le jeu des « intersections » un réseau symétrique ; ce réseau se résolvait en un jeu de figures élémentaires faciles à découper , les carrés du dallage placés normalement à la surface devenant dans l'effet perspectif des trapèzes, les carrés tournés sur l'angle des losanges, etc; ce que l'on recueillait au terme de la décomposition de l'espace se construisait sur le tableau comme un « puzzle », c'est-à-dire comme une marqueterie. » ou encore : « l'emboîtement, bien conduit, de quelques figures géométriques suffisait à imposer irrésistiblement la troisième dimension. ».

Il s'agit d'agencer des figures géométriques simples grisées, du noir au blanc, initialement introduite par une couleur, ici le bleu, pour créer un rythme, une progression qui semble s'acheminer vers une « sortie » du tableau. Nous n'avons pas exactement affaire ici avec une perspective mais plutôt à une suggestion de déploiement ou de dépliage que la technique de l'intarsia pourrait pleinement appréhender et exprimer. Ce qui valait pour la perspective comme l'écrivait André Chastel : « Et c'est pourquoi l'espace cristallin, centré et carrelé du Quattrocento, tout en arêtes et en intersecazioni, est proprement à l'origine un espace d'intarsia. »

Utiliser la jointure des arêtes des surfaces pour créer des enchaînements plastiques est un jeu qui mobilisa de nombreux peintres épris de constructions abstraites et géométriques et ce dès la Renaissance. A propos de Paolo Ucello, André Chastel rapporte cette anecdote : «Le sculpteur Donatello, son grand ami, lui disait souvent, quand Paolo lui montrait des « mazzochi » à pointes et à facettes tirés en perspectives de divers points de vue, des boules à soixante-douze faces et à arêtes de diamants, des copeaux enroulés sur des bâtons et autres curiosités où il consumait son temps : Paolo, ta perspective te fait laisser le certain pour l'incertain ; ces choses ne peuvent servir qu'aux fabricants de marqueterie qui garnissent leurs frises de copeaux, de coquilles rondes et carrées... »(5) qu'il commente de la façon suivante :« son dédain ( celui de Donatello) des exercices mathématiques »en soi » d'Ucello est la réaction de l'artiste qui entend subordonner la curiosité à l'expression, l'abstraction à la « physionomie », le jeu de l'espace à l'intensité affective, la science à la nature, le calcul au grand art. »(6).

Outre le fait que ce texte de Chastel marque un sérieux « pas de côté » par rapport à l'invention de la perspective, telle qu'elle fut décrite et enseignée à partir de Erwin Panofsky(7), très platonicienne et idéaliste alors que celle de Chastel est plus « matérialiste » et « dialectique », ce qui n'est pas pour nous déplaire, il nous offre un exemple du cheminement de l'abstraction dans l'histoire de l'art occidentale, ce qui permet à Chastel d'écrire : « L'originalité de l'intarsia de 1440 aura donc été de porter ces thèmes au centre même des préoccupations de l'art, à l'un de ses moments de « cubisme » poétique les plus intenses »

Les plans de Dédale empruntèrent donc des voies diverses pour venir à nous, des voies que la « passion géométrique » sut déceler dans les pratiques artistiques les plus diverses mais cela avait commencé dès l'antiquité avec le peintre Appollodorôs qu 'Adolphe Reinach (8) exhume des textes anciens de la façon suivante : « Ombre, ombre portée, surfaces obscures qui répondent à la surface coloriée. D'aucuns appellent skiagraphie la skénographie. Le peintre Appollodôros était appelé le skiagraphe au lieu de skénographe. Il portait un grand bonnet droit et inscrivit sur ses œuvres :
Appollodôros le peintre, qui le premier a inventé le mélange des couleurs et la dégradation des ombres, était athénien. Ses œuvres portent cette devise :
« il sera plus facile de nous critiquer que de nous imiter
La skiagraphie ou sciagraphie se distingue de la skénographie ou scénographie en ce qu'elle n'use des procédés de la perspective pour rendre les effets de relief. La simple modulation des ombres, des gris suffisent à cela. Cette technique trouvera l'un de ses épanouissements les plus connus dans le chiaroscuro ou clair/obscur des caravagesques par exemple. L'abstraction géométrique, construite, aujourd'hui, retrouve d'une certaine façon ce fil ténu séparant la skiagraphie et la skénographie et renouvelle son jeu créatif. Ce qui nous laisse penser davantage un Dédale skiagraphe que skénographe, mais aucun labyrinthe interprétatif ou épistémologique ne saurait enfermer Dédale.

Jacky Ferrand, Juillet 2017

Notes :
1-Auguste Herbin, l'art non figurati, non objectif, ed. Hermann, Paris , 2012
2-Adolphe Reinach , la peinture ancienne – recueil Milliet, Macula, Paris, 1985
3-Detienne et Vernant, les ruses de l'intelligence, la Mètis des grecs, Champs-Flammarion, Paris 1974
4-André Chastel in Fables, formes, figures : « Marqueterie et perspêctive au Xve siècle, Champs
Flammarion, Paris, 1978, 2000
5-Vie d'Ucello, éd. Milanesi, cité par André Chastel
6-André Chastel, op. Cit.
7-Erwin Panofsky, la perspective comme forme symbolique, éditions de Minuit, Paris, 1975
8-Adolphe Reinach, op. cit.


J A C K Y F E R R A N D ( choix d'expositions )

E x p o s i t i o n s p e r s o n n e l l e s
2012 : Factory 49, Sydbney, Australie
2010: Mairie de Saintes
Factory 49, Sydney, Australie
2008 - Lycée Merleau-Ponty, Rochefort sur Mer
2006 - Corderie royale, Rochefort sur Mer
2003 - Espace Encan de La Rochelle
1999 -Atelier Jean Chazy, Paris
1998 -Centre d'Etudes d'Architecture et d'Urbanisme (Université de Houston et
Californie du Sud) ,Saintes
-Librairie Calliope , Saintes


E x p o s i t i o n s c o l l e c t i v e s
2017 : « Developing structures » avec Jan Handel, Galerie Abstract Project, Paris
2016 : 70 ans Réalités Nouvelles, galerie Abstract Project, 75 011, Paris
Rythme & Géométrie, Couvent des Cordeliers, Chateauroux
« Prix des Mouettes » Conseil Départemental de Charente-Maritime ( 17 )
2014 : Réalités Nouvelles Hors les Murs, Paris/Pekin
2010: Réalités Nouvelles, Parc des expositions, Vincennes
2009: Réalités Nouvelles, Parc des expositions, Vincennes
2007 - Musée d'art construit Satoru Sato, Tome, Japon
-Salon des Réalités Nouvelles, Parc Floral, Vincennes
-Abstraction géométrique, château de Tours
-Territoires abstraits, Les Moulins de Villancourt, Grenoble
- Prix des Mouettes, Conseil général 17,La Rochelle
2006 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
- Netz Toyota, Sendaï, Japon
2005 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
2004 - Parc floral, Vincennes, Salon des Réalités Nouvelles
- C.E.A.U de Saintes, "Entre-deux" avec Henri Prosi
2003 -Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
2002 - Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-"Diptyques ( et confidences...)" , C.E.A.U de Saintes
2001 -Espace Auteuil, Porte d'Auteuil, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Salon d'Art Contemporain ,Albigny-sur- Saone
-Palais des Congrès , Royan, Biennale d'Art Construit
-Maison de la Charente-Maritime, La Rochelle, Prix des Mouettes
-ENSBA Paris, Grands et Jeunes d'Aujourd'hui
2000 -Espace Eiffel / Branly, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Mondriaanhuis, Amersfoort, Pays-Bas, Mondiale Echo's
1999 -Espace Eiffel/Branly, Paris, Salon Réalités Nouvelles
-Fresnes ,« Fresnes Art Espace »,salon de Juin,
-Palais des Congrès, Royan, « Concret / construit »,
1998 -Eglises de Thaims, Villars-en-Pons, Rioux et Rétaud (17)

Textes de:

Gérard Adde,
Les tâtonnements de l'effusion

Claude Margat,
Le mécanisme vertical
Où pense l'espace
Le sens muet du regard
Le présent conjugué

Denis Montebello,
La peinture en question(s)

Michel Nédélec,
Le regard fait signe la trace qui s'hallucine
Rêve d'infini
Actes d'un plasticien

Pierre Chastaing,
Incerto tempore, incertis locis

Philippe Guiot,
Jacky Ferrand, 2003


Trois livres d'artiste:

-Quinto en 1997

-Gris pregnant: Six approches sérigraphiques, légèrement craquelées en 1997

-Douze contributions sérigraphiques à une peinture pour voir en 1998
Ces deux derniers livres ont été réalisés avec la complicité de Jean-Louis Gatineau.