CULTOT Carol

Œuvres sur papier
Né(e) en :1967
Nationalité :France
5, rue de la pierre aux fées
02810 Villers le Vaste
GSM : 06 21 34 18 48
carol.cultot@outlook.fr

Moment Inv. n° 69 -2014 - Papier solarisé collé sur carton 47x47

Tout est parti d’une question : est-il possible de penser le temps hormis en le vivant ? De là, peut-on imaginer un temps qui ne ressemblerait à aucun autre et qui les contiendrait tous ? Un temps déjà présent dans un en-deçà et un au-delà, dans un espace où l’expérience peut advenir.

Transposant ces réflexions sur le temps dans le champ de l’art, je cherche à interroger le rapport de ressemblance, pour dire l’arbitraire du visible en déclarant ses limites par différence dans la répétition, pour mettre les sens – un terme qu'il faut ici entendre à la fois comme sensation et comme signification – au travail et amener à ce que la plasticité de la ténuité présente nous donne à percevoir : poser la réalité comme passage et fonder notre vision sur le temps.

A l’image d’une variation sur un même thème.

L’expression du temps se fraie ici son chemin dans un rapport particulier à la fois semblable et toujours différent entre une composition, une achromie, une facture, un format, ce dernier le plus souvent de petite taille. Ces petits formats sont des phénomènes temporels convertis en espace.

Le papier sensibilisé n'est pas un effet de la volonté mais une pure conséquence du phénomène en cours, un passage du temps, une empreinte non produite mais accordée lentement, la circonscription spatiale d'une durée.

Il s’agit ici, de regarder chaque œuvre comme la possibilité de l’expérience d’un temps, laissant l’effet se répandre et se propager.

Le temps s’étire, se fragmente, se disperse, s’évanouit. Il faut se laisser porter par les directions poétiques et mentales que suggère le schéma des lignes ascétiques et contemplatives, comme autant d’ébauche de rythmes, de pulsations.

Une nouvelle lecture du temps.

C’est alors dans le blanc du papier que se révèlent ou s’exaltent les signes d’un temps, une nouvelle lecture, comme une sorte d’impact sur cette blancheur.

Dans le blanc du tableau, dans la ligne et dans ce qui est entre les lignes, il est donné à voir une surface agissante, un rythme venant et repartant à la manière d’une respiration, d'une cadence, d'un tempo.

Les lignes s’interrompent, se reprennent, se suspendent, font une pause et repartent, comme autant de plein qui travaille un vide, comme un miroir pour soi, une pierre de rêves à géométrie sacrée, un support de méditation.

J’aime cette expérience d’un temps nous demandant de ralentir notre course, voire de nous immobiliser et de faire appel à nos ressentis pour reconsidérer notre perception, écouter le silence, considérer le vide, se défaire des lieux communs, des pensées toutes faites pour accueillir ce temps suspendu, l'expérience du regard haptique à l'épreuve du temps.
C’est pourquoi, j’utilise les papiers dans leur essence première, sans rajout. Tous les gestes du peintre disparaissent au profit de la matière. J’aspire par le dépouillement des moyens utilisés à une communion avec elle, pour lui donner la tâche de nous mener au-delà du monde des apparences, vers un univers qui nous transcende.
Les œuvres interrogent notre schéma de perception pour revenir à une expérience essentielle du temps, non dans sa quantité, mais dans sa qualité. C’est relancer notre rapport au monde, par une sollicitation imperceptible et néanmoins active de nous-mêmes. Qu’importe le temps passé, pourvu que l’œuvre se charge de ressentis et forge de puissantes révélations. On imagine ce qu’il reste à faire, dans ce temps-là qui nous attends, dans un temps ouvert à la conscience que l’on a de soi-même et de ce qui nous entoure.

Carol Cultot
Villers le Vaste, 8 Octobre 2015
1967 Née à Mont de Marsan (France), le 10 août.

1991 Début du séjour à Paris et première exposition à la Galerie Art Présent, Paris.
1995 - 1998
Après des études de droit que j’abandonne très vite, je commence en 1995 une formation dans l’atelier de peinture de M. Jean-Yves Guionet (dessin, peinture et modèle vivant).
Plus que les bases ou la technique, cet atelier est un véritable laboratoire où l’art est l’expérience d’une vision qui interroge et révèle. L’exercice le plus pratiqué est le dessin en aveugle. C’est au prix de cet aveuglement, les yeux clos, dans la suspension du jugement ou de la perte de connaissance, que j’apprends dans l’étonnement.
A cette époque, j’utilise pastel, craies grasses, huile ou acrylique. Je peins en matière, très texturée, comme pour donner corps. La matière m’apparaît à cette époque, comme une surface de projection, un miroir sur lequel projeter souvenirs, peurs et désirs. Je fais l’expérience du choix raisonné des moyens mis en œuvre en fonction des sujets traités et des effets souhaités. Chaque technique approchée devient progressivement une réalité tangible et familière qui articule mon langage pictural. Mais la peinture ne me satisfait pas. Je cherche ce qui peut être mon pigment, ce qui peut m’alimenter en sensations. Je cherche.
En parcourant vides-greniers et puces, les matériaux pauvres concentrent toute mon attention. Les vieux papiers jaunis, les cartons aux couleurs passées, les vieux documents sont pour moi, autant d'instants de vie qui ont une histoire, si désuets soient-ils, une histoire d'incarnations et d'humanité. Les coups de ciseaux se substituent aux traits. Le papier se substitue à la peinture. L’œuvre est réalisée en fonction d’affinités de matière, de couleur et de rythme. Ce travail n’est pas sans remise en cause, ni brusque rejet. Je dispose, je combine, je structure et je n’hésite pas si besoin à déstructurer pour mieux recomposer. Le but étant de réaliser pleinement un équilibre entre matière et composition, à partir duquel le regard est invité à se poser.
Les matériaux pauvres n'ont pas de dramaturgie a priori en soi, mais ils ont un pouvoir expressif qu'il faut apprendre à voir, une mémoire à la mesure des souvenirs et des nostalgies intimes qu'ils accompagnent. Je préfère laisser au regardeur toute la latitude nécessaire pour qu'à partir de l’œuvre créée il invente son œuvre avec ses mots. Du coup, créer c'est plutôt trouver une histoire particulière, une problématique : agencer, articuler, structurer.
Mon expérience artistique se poursuit, j’expose dans différents lieux : salons de peinture, galeries, centres d'art, également en appartements, notamment :
Exposition collective Century Shopping Center, Antwerpen (Belgium). Exposition individuelle Centre d'Art Contemporain « Artère », Boulogne Billancourt (France).
2003 Exposition individuelle « Un temps retrouvé, un temps conservé », Ecole St-Sauveur de Bergerac, Bergerac (France).
2004 Je m’inscris à la Maison des artistes. Une galerie parisienne s'intéresse à mon travail :
Exposition individuelle Galerie Artwist, Paris (France).
Exposition collective Salon « Les Inattendus », Paris (France).
Exposition collective « Grand Marché d’Art », Paris (France).

2005 Exposition collective Galerie Artwist, Paris (France).

2006 Exposition collective Galerie Artwist, Paris (France).

2007 Exposition collective Salon de Créteil, Créteil (France).


2008 Je mène des actions auprès d’un public en difficulté, dans des foyers sociaux ou à l'hôpital en secteur psycho-gériatrique. Aucun atelier ne se ressemble. La forme de la rencontre et la mise en place des dispositifs plastiques restent à chaque fois à réinventer. L’important n’est pas tant le travail produit, ni l’interprétation que l’on peut en avoir, mais plutôt les moyens et la manière qui amènent à cette production. Ces activités me permettent d'avoir une vision plus large sur d'autres domaines, tels que les politiques culturelles et l’accès à la culture et à travers ces chemins de traverse, ces collaborations pluridisciplinaires, je construis mon singulier parcours.
Petit à petit, se continue le lent, long et patient travail de recherche.
Au travers des œuvres réalisées (collages, installations et éditions diverses), je vise à mettre en évidence les mécanismes de la perception, les codes en jeu et à témoigner de ce que nous croyons être une réalité. C’est à partir de la pratique de la méditation qui est la mienne depuis plusieurs années maintenant, que j’approfondis ma réflexion.
2010 Exposition collective MIXOMEDIA Galerie, Mons (Belgique).
Une rencontre modifie ma relation au monde d’une manière nouvelle et plus profonde. Je déménage à Villers le vaste, un petit village de la campagne picarde. Des qualités de tranquillité et de simplicité imprègnent davantage ma vie et la vivifient. Comprendre ce qu’elles suggèrent et voir comment les développer donne une orientation à ma création artistique : quelques traits qui s'unissent et se confrontent, un jeu de rythmes tendus entre horizontales et verticales, où de multiples cheminements visuels sont possibles.
Il me plaît à ce propos d'associer ces chemins à celui des visualisations qu'utilisent les moines bouddhistes durant les rituels pour concentrer leur esprit en un point.
2012 Exposition individuelle Galerie Aethopia, Paris (France).
2013 Souhaitant donner un nouvel élan à mes recherches et explorer de nouvelles formes stimulantes de questionnements, je m’inscris à l’Institut des hautes études en arts plastiques. Je cherche, en quête de ce que je pressens déjà intuitivement : dans le détachement vis-à-vis du monde de l’action, mon esprit trouve sa naturelle satisfaction ; l’articulation pour une œuvre à la limite de la perception. Il s’agit pour moi de faire de l’expérience du rapport au temps le véritable sujet de l’art et d’envisager une œuvre qui s’offre comme expérience, dans un rapport existentiel.
2015 Obtention du Diplôme de recherche et d’expérimentation en arts (Drea), mémoire intitulé « Œuvrer le temps » : enjeux et modalités d’un « art de l’emploi de son temps ».
Participation à un dialogue interdisciplinaire Etant donné, comité scientifique.
Articles de presse

Sud-Ouest, 6 octobre 2003
Zurban. 27 avril 2005. N° 43
Textes de Carol Cultot
Des yeux pour entendre, catalogue de l’exposition Guy Mansuy, Galerie Capazza, Nançay, 2008.