KANONY RAZUREL Marie

Peinture
Nationalité :France
35, rue de la Bienfaisance
75008 Paris
GSM : 06 13 21 13 06
marierazurel@gmail.com

Sans Titre - Technique mixte 190x160

L'impression qui domine, lorsqu'on entre dans l'univers pictural de Marie Kanony, est la profusion de ce dernier: cette artiste est féconde, et semble créer des oeuvres nombreuses avec facilité. Ce n'est bien sûr qu'une impression, mais renforcée par le fait que si c'est bien l'oeil qui est requis par ces tableaux, si c'est bien par rapport à lui que s'ordonne le sensible, il y a davantage : tout se passe comme si plusieurs sens étaient sollicités, dont l'ouïe. Il y a chez Kanony une musique de la peinture. Celle-là même dont parlait Delacroix, et pas dans un sens seulement métaphorique (ne savons-nous pas aujourd'hui, grâce à Olivier Messiaen, qu'il y a une sonorité des couleurs comme une couleur des sons ?). Marie Kanony est une coloriste, et c'est sans doute pour cela que sa peinture est essentiellement abstraite.


Si bien que ce qui court le long des tableaux de Marie Kanony ressemble fort à ce que Bachelard appelait l'imagination matérielle. Car la couleur est bien une matière : c'est en elle que le dessin prend forme ici, c'est par elle que des fragments parfaitement figuratifs s'intègrent à un ensemble qui ne l'est pas. Voyez par exemple ces oeuvres dont le point de départ semble être une cour mmeuble ; le peintre est intervenu, et l'oeil ne distingue plus, au final, qu'une ou deux fenêtres. Le peintre a décidément, pour mission de produire un monde singulier : non pas un réel déjà vu, mais un autre monde, absolument nouveau, au sein duquel se mêlent l'imaginaire et le réel, l'affect et le concept par une chimie dont l'artiste détient sans doute le secret, mais dont elle ne connaît pas à l'avance les règles (elle les invente au fur et à mesure qu'elle peint). A ce jeu, Marie Kanony excelle: prenons deux exemples.


Soit deux tableaux récents de Marie Kanony: Technique mixte

162 x 130, 2001 et Technique mixte 195 x 160, 2003. Le peintre ne leur a pas donné de titre; la peinture ne doit-elle pas se suffire à elle-même ? Marie Kanony pense qu'il est inutile de parler à sa place. Ses oeuvres peuvent nous parler seules, elles sont même fort éloquentes. Dans l'un et l'autre des tableaux cités, de longues bandes verticales rythment totalement ou partiellement la surface, si bien que me reviennent en mémoire en les voyant deux vers de Baudelaire:
Et nous allons, suivant le rythme de la lame
Berçant notre inflni sur le fini des mers
C'est-à-dire les mots mêmes qui inspirèrent en 1949 à Robert Motherwell Le Voyage, tableau portant le même titre que le poème et construit sur la base de barres verticales.

Ces peintures - celles du grand américain hier comme celles de Marie Kanony aujourd'hui - n'ont rien d'autre en commun que ce «rythme de la lame », mais cela suffit pour nous les faire apparaître comme des objets finis s'ouvrant sur un infini du fait qu'elles fonctionnent comme une portée musicale: une traversée. Traversée latérale pour commencer, mais aussi plongée en profondeur: Marie Kanony joue en virtuose des transparences et des collages, laissant toujours des fragments surgis de l'en-dessous venir affleurer à la surface et capter notre regard au gré de ses inventions formelles. Le Voyage de Motherwell préfigurait les Elégies à venir. Les Techniques mixtes 2001 et 2003 de Marie Kanony annoncent la naissance d'un monde spécifique, encore inconnu, dont nous avons
seulement la certitude qu'il appartiendra totalement à l'univers de la peinture.
Cela fait longtemps que l'on a compris, en Occident, que la
peinture n'a plus pour fonction de célébrer l'ordre optique et
visuel. Mais on a eu tort d'en conclure qu'elle est morte. Au
contraire : par le plaisir qu'elle procure, non seulement la vraie peinture fait sentir l'arbitraire des représentations descriptives d'autrefois, mais elle nous convainc qu'elle seule peut donner ce plaisir. Ce dont l'art de Marie Kanony témoigne en ces temps de douté, c'est que la peinture a bien pour fonction de donner à voir les formes sensibles de la jouissance, car elle n'a jamais cessé d'être une affaire de corps désirant.


Certains se désespèrent aujourd'hui, et nous parlent d'un «art contemporain» qui serait malade. Serait-il téméraire de leur rappeler que c'est plutôt le corps qui est malade ? Le corps social comme représentation bien sûr, à ne pas confondre avec le corps qui désire comme invisibilité. Si bien que les tableaux de Marie Kanony, par des cheminements dont il est impossible de rendre compte en peu de mots, sont affaire de puissance libérée par le plaisir que l'on prend à les regarder et dont nous sentons bien qu'ils nous offrent un accès à ce qui n'est pas visible. Plaisir directement proportionnel, en l'occurrence, à la
somme de joies et peut-être de souffrances qui ont été le lot de l'artiste dans l'accomplissement de sa création.
J'ai dit au début que les oeuvres de Marie Kanony sont
«essentiellement abstraites » et non pas totalement. C'est que dès le deuxième regard, on constate que des éléments
figuratifs, ou allusifs, ou encore des emprunts directs à la absolument nouveau, au sein duquel se mêlent l'imaginaire et le réel, l'affect et le concept par une chimie dont l'artiste détient sans doute le secret, mais dont elle ne connaît pas à l'avance les règles (elle les invente au fur et à mesure qu'elle peint). A ce jeu, Marie Kanony excelle: prenons deux exemples.


Soit deux tableaux récents de Marie Kanony: Technique mixte

162 x 130, 2001 et Technique mixte 195 x 160, 2003. Le peintre ne leur a pas donné de titre; la peinture ne doit-elle pas se suffire à elle-même ? Marie Kanony pense qu'il est inutile de parler à sa place. Ses oeuvres peuvent nous parler seules, elles sont même fort éloquentes. Dans l'un et l'autre des tableaux cités, de longues bandes verticales rythment totalement ou partiellement la surface, si bien que me reviennent en mémoire en les voyant deux vers de Baudelaire: Et nous allons, suivant le rythme de la lame Berçant notre iîflni sur le fini des mers




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, - est-à-dire les mots mêmes qui inspirèrent en 1949 à Robert Motherwell Le Voyage, tableau portant le même titre que le poème et construit sur la base de barres verticales.

Ces peintures - celles du grand américain hier comme celles de Marie Kanony aujourd'hui - n'ont rien d'autre en commun que ce «rythme de la lame », mais cela suffit pour nous les faire apparaître comme des objets finis s'ouvrant sur un infini du fait qu'elles fonctionnent comme une portée musicale: une traversée. Traversée latérale pour commencer, mais aussi plongée en profondeur: Marie Kanony joue en virtuose des transparences et des collages, laissant toujours des fragments surgis de l'en-dessous venir affleurer à la surface et capter notre regard au gré de ses inventions formelles. Le Voyage de Motherwell préfigurait les Elégies à venir. Les Techniques


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mixtes 2001 et 2003 de Marie Kanony annoncent la naissance

'un monde spécifique, encore inconnu, dont nous avons seulement la certitude qu'il appartiendra totalement à l'univers dc la peinture.


Cela fait longtemps que l'on a compris, en Occident, que la peinture n'a plus pour fonction de célébrer l'ordre optique et visuel. Mais on a eu tort d'en conclure qu'elle est morte. Au contraire : par le plaisir qu'elle procure, non seulement la vraie peinture fait sentir l'arbitraire des représentations descriptives d'autrefois, mais elle nous convainc qu'elle seule peut donner ce plaisir. Ce dont l'art de Marie Kanony témoigne en ces temps de douté, c'est que la peinture a bien pour fonction de donner à voir les formes sensibles de la jouissance, car elle n'a jamais cessé d'être une affaire de corps désirant.


Certains se désespèrent aujourd'hui, et nous parlent d'un «art contemporain» qui serait malade. Serait-il téméraire de leur rappeler que c'est plutôt le corps qui est malade ? Le corps social comme représentation bien sûr, à ne pas confondre avec le corps qui désire comme invisibilité. Si bien que les tableaux de Marie Kanony, par des cheminements dont il est impossible de rendre compte en peu de mots, sont affaire de puissance libérée par le plaisir que l'on prend à les regarder et dont nous sentons bien qu'ils nous offrent un accès à ce qui n'est pas visible. Plaisir directement proportionnel, en l'occurrence, à la somme de joies et peut-être de souffrances qui ont été le lot de l'artiste dans l'accomplissement de sa création.

J'ai dit au début que les oeuvres de Marie Kanony sont «essentiellement abstraites » et non pas totalement. C'est que dès le deuxième regard, on constate que des éléments figuratifs, ou allusifs, ou encore des emprunts directs à la réalité (on trouve par exemple des collages de papiers peints fleuris dans d'autres tableaux, et j'ai évoqué certaines fenêtres...) Ces éléments viennent enrichir les compositions. Cependant, aucune lecture particulière ne saurait en résulter: cette peinture ne raconte évidemment pas d'histoires. N'est-ce pas Motherwell, encore lui, qui en 1944 intitulait Le Cygne de Mallarmé une composition parfaitement dénuée de toute narration ? L'allusion à Mallarmé, c'est-à-dire au poète de la métaphore, manifeste le même refus de la représentation réaliste et la même volonté de ne rechercher que la suggestion.

L'univers de Marie Kanony est bien celui de la suggestion, et il ne peut être que pictural, tant il est vrai que l'essence de la peinture est de produire une visibilité qui n'apparaît qu'à travers l'effacement des conditions de cette production. Au terme du combat de Kanony, l'objet-tableau est bien là: fortement, matériellement, c'est un objet fini. Mais il est décidément pensé pour nous conduire vers l'infini. Il n'y a donc plus qu'à souhaiter bonne route aux regardeurs attentifs.

Jean-Luc Chalumeau février 2004